L'inoubliable Daniel Balavoine

21 mars 2019

Claire Balavoine « Daniel n'aimait pas le star-système » (Le Parisien, 30/12/2015)

 

Propos recueillis par Éric Bureau

Claire Balavoine nous raconte son frère, disparu il y a trente ans, à l'occasion d'un très beau documentaire.

parisien2015

Trente ans après sa disparition, elle parle toujours de son « petit frère » au présent. Claire Balavoine était la grande soeur de Daniel Balavoine, de neuf ans son aînée. La plus proche aussi dans une fratrie de sept. Depuis la mort du chanteur, le 14 janvier 1986, elle prolonge son engagement humanitaire en présidant et animant l'Association Daniel Balavoine*, qui aide au développement agricole et scolaire au Mali. Elle témoigne dans le poignant documentaire de Didier Varrod et Nicolas Maupied, « J'me présente, je m'appelle Daniel », diffusé ce soir à 20 h 50 sur France 3. Rencontre. En sortant de la projection privée du documentaire, vous sembliez émue ? CLAIRE BALAVOINE . Bien plus qu'émue ! Je suis toujours bouleversée par ce petit... Quand Daniel parle, chante ou gueule, quand j'entends sa voix, je suis complètement secouée. Elle avait une douce violence. Plus le temps passe et plus je me rends compte combien nous étions proches, en fusion. Pourquoi ? Nous avions une souffrance identique. Dans la famille, Daniel a longtemps cru qu'il n'avait pas été désiré pour lui-même mais pour « remplacer » un frère disparu (Xavier, né en 1949 et décédé à 14 mois d'une méningite). Cela l'a longtemps habité. Quand on ne trouve pas sa place dans la famille, il est difficile de trouver sa place ailleurs. Soit on en meurt, soit on est solide. C'est heureusement notre cas. Enfant, il aimait déjà la musique ? Il y avait beaucoup de musique à la maison, notre mère était une vraie portée musicale. Nos frères, Yves, Guy et Bernard, chantaient souvent ensemble, mais sans Daniel : « T'es trop petit. » Alors lui s'enfermait dans les toilettes avec des bottins et se mettait à chanter à tue-tête et à faire de la batterie. Il avait 5-6 ans mais avait déjà du coffre. Avec ma mère, on se régalait. Il avait déjà trouvé sa voix, sa voie. Dans le documentaire, vous évoquez l'homme qui aimait les femmes... Qui aimait la femme. Il l'a chanté énormément et ardemment, comme dans « Soulève-moi », l'une des plus belles chansons que je connaisse sur la femme et la société. Disons qu'il avait une conscience puissante de la femme, peut-être liée à notre mère. Il y avait les officielles, Dominique, la seule qu'il ait épousée, Catherine Ferry, Linda, en Belgique, Corinne, la maman de Jérémie et Joana... Et les autres, croisées sur la route.

Un documentaire poignant Qu'aurait dit Daniel Balavoine après les attentats de « Charlie Hebdo », du Bataclan ? Qu'aurait-il fait pour les migrants ? Quels messages porterait-il aujourd'hui ? Tant de questions assaillent après avoir regardé « Je m'présente, je m'appelle Daniel », le riche et poignant documentaire que lui consacrent Didier Varrod et Nicolas Maupied, pour le trentième anniversaire de la mort du chanteur. Daniel Balavoine manque cruellement. Ses chansons lui ont survécu, « Tous les cris les SOS », « Mon fils, ma bataille », « Sauver l'amour »...On sort ému de cet hommage dans lequel le journaliste Didier Varrod, qui avait rencontré huit fois Daniel Balavoine avant sa disparition, a notamment convaincu Joana de parler pour la première fois de son père, parti cinq mois avant sa naissance. « C'est fou de voir autant de respect, autant d'amour. Le fait de comprendre qu'on n'a pas de papa, c'est difficile, mais de l'avoir lui, c'est quand même une chance », dit-elle.

Et l'engagement politique ? Avant de se lancer dans la musique, il se destinait à Sciences-po. Mais il était trop lucide pour se présenter en politique. Il le dit dans « La vie ne m'apprend rien ». Sa manière de faire de la politique, c'était de soutenir SOS Racisme, de verser une partie des recettes de ses concerts à l'Unicef, de chanter dans les prisons sans alerter les médias. Il n'aimait pas dénoncer, il préférait agir. Il y a l'image du chanteur qui serre les poings. Mais il était aussi joyeux, drôle. En répétition, pour se chauffer la voix sur « l'Aziza », il chantait « la Pizza, aux fromages ou aux anchois »... Il ne s'est jamais pris au sérieux. Il était heureux du succès dans la mesure où cela lui permettait d'être mieux dans sa peau et de s'investir dans les causes qui lui tenaient à coeur. Mais il n'aimait pas le star-système, l'idolâtrie. Il était très gêné qu'on lui ouvre les portes. Cela lui faisait peur. Vous avez déclaré une fois que votre frère envisageait d'arrêter de chanter. Mes propos ont été déformés. Je n'ai jamais dit qu'il voulait arrêter. Il en avait juste ras-le-bol du comportement de certains fans en France, il voulait avoir la paix, prendre ses distances avec un star-système qu'il n'aimait pas. Il voulait se fondre dans un groupe et avait prévu de partir travailler en Angleterre. Mais le 14 janvier 1986, il monte à bord d'un hélicoptère au Mali. Lui qui détestait l'avion... C'est terrible qu'un garçon aussi audacieux, puissant, en avance, n'ait pas osé dire non. Pourquoi avez-vous créé l'Association Daniel Balavoine peu après sa disparition ? Nous l'avons créée avec mes frères et soeur à la demande du public de Daniel. Nous recevions tellement de lettres qui nous disaient « ses idées sont les nôtres » et nous demandaient comment prolonger son action. C'était aussi une réaction à ce que nous avait dit le show-biz et qui nous avait choqué : « Dans trois mois, il sera oublié. » Trente ans plus tard, des milliers et des milliers de personnes continuent de s'investir avec nous. Nous avons installé 32 motopompes dans 23 villages du Mali. Et malgré les guerres, les conflits interethniques, les jihadistes, elles n'ont jamais été volées ou détruites.* Association Daniel Balavoine ; 4, rue du Département, 75019 Paris

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28 février 2019

Le Chanteur (Sud Ouest, octobre 1978)

Sud Ouest, octobre 1978

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21 février 2019

Lemasson Aurélien, « Pourquoi la justice internationale pénale ? De Nuremberg à Balavoine en passant par Freud… », Les Cahiers I

« Le seul rempart contre la folie meurtrière qui couve dans le cœur des Hommes, c’est notre conscience et c’est notre exigence de chaque instant. » [1][1]Emmanuel Macron, Président de la République Française, discours…

1Laisser entendre qu’un artiste francophone de variété, disparu tragiquement dans le désert malien il y a une trentaine d’années, puisse illustrer l’émergence de la justice internationale pénale pourrait prêter à sourire et même être moqué facilement. Ce serait d’autant plus le cas si la présente étude était conçue comme un hommage, ce qui n’est assurément pas sa vocation. Les amateurs remarqueront toutefois en sous-titre la référence au premier album que Daniel Balavoine publie en 1975 – intitulé De vous à elle en passant par moi – et qui est un véritable échec commercial [2][2]Les exemplaires vendus sont estimés entre 5 000 et 10 000. Loin…. Le chanteur remerciait d’ailleurs avec humour le ‘seul’ acheteur de son disque, lui promettant un exemplaire du prochain s’il se faisait connaître… En fait, il en était attristé même s’il reconnaissait que le thème, celui de ses premiers émois amoureux, n’était guère intéressant. Les thèmes postérieurs sont heureusement plus porteurs – et c’est précisément ce qui mérite de retenir l’attention pour comprendre dans quel contexte une forme nouvelle et internationale de justice a émergé.

2Les ‘juridictions’ internationales criminelles peuvent être définies comme des organes chargés véritablement de dire (dictio) le droit (juris) pour le compte de l’humanité tout entière. Il ne s’agit pas de comités, à l’instar du Comité international de la Croix-Rouge dont l’action est pourtant déterminante au service des lois et coutumes de la guerre depuis 1863. Ni de commissions, à l’instar des Commissions de Vérité et de Réconciliation qui prospèrent sur le modèle cependant particulièrement remarqué de l’Afrique du Sud depuis 1996. Ni même de conseils, à l’instar du Conseil de sécurité des Nations Unies, cet organe politique qui joue toutefois un rôle primordial dans l’émergence de la plupart d’entre elles depuis 1993. Les juridictions internationales pénales sont précisément des cours ou des tribunaux qui forment depuis 1945 un système, c.à.d. un ensemble homogène et cohérent, pour rendre la justice au nom du genre humain. Peuvent ainsi être cités, dans l’ordre chronologique de l’adoption de leurs textes fondateurs : le Tribunal militaire international de Nuremberg (1945-1948) ; le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient (1946-1948) ; le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (1993-2017) ; le Tribunal pénal international pour le Rwanda (1994-2015) [3][3]Le Tribunal pour le Rwanda achève son mandat le 31 décembre… ; la Cour pénale internationale (depuis 1998) ; le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (2000-2013) et enfin le Tribunal spécial pour le Liban (depuis 2007) [4][4]Ces deux dernières juridictions sont considérées comme….

3L’abondance de littérature, de jurisprudence et de documentation en la matière pourrait avoir l’effet pervers de laisser croire que la justice internationale pénale serait un rendez-vous que le passé rendait immanquable et un acquis dont le présent garantirait le maintien aussi longtemps que nécessaire. Certes, ces juridictions supranationales sont établies par des organisations internationales (Nations Unies) – ou plus rarement continentales (Union Européenne, Union Africaine) [5][5]Au Timor oriental, au Cambodge, au Kosovo, en… – ce qui leur assure une assise financière, politique et humaine indéniable. La communauté internationale attache manifestement une importance capitale à la répression de quatre infractions pénales qui portent une atteinte tellement forte à la dignité humaine ou à la sécurité collective qu’elle menace la survie de l’espèce dominante sur Terre.

4Le crime de génocide consiste à détruire ou éradiquer physiquement, en tout ou partie, un groupe d’êtres humains déterminé arbitrairement à partir d’un critère national, ethnique, racial ou religieux quelconque [6][6]Article 6 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale :…. Le crime contre l’humanité consiste à persécuter une population civile de façon « généralisée ou systématique […] en application ou dans la poursuite de la politique d’un État ou d’une organisation ayant pour but une telle attaque » [7][7]Article 7 du Statut de Rome.. Les crimes de guerre consistent à violer gravement les lois ou coutumes de la guerre en conduisant les hostilités déloyalement, par violation du droit international humanitaire [8][8]Dont les normes écrites et coutumières protègent certaines…. Le crime d’agression ou crime contre la paix consiste enfin, pour le dirigeant d’un État, à employer « la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État » de manière manifestement incompatible avec la Charte de l’ONU [9][9]Article 8 bis du Statut de la CPI qui entrera bientôt en….

5L’une des rares voix, et peut-être même la seule dans la sphère artistique francophone, à s’être élevée pour exprimer le désir – par l’opinion publique – qu’une justice internationale soit rendue face à ces crimes portant atteinte à la paix et à la sécurité du monde, peut justement être attribuée à Daniel Balavoine. Son mérite est d’avoir fait entendre, sinon chanter, à des millions de belges, canadiens, français, luxembourgeois et suisses, dans certaines de ses chansons les plus engagées, des phrases que nous connaissons tous et qui semblent provenir – même si nous ne l’avons pas forcément remarqué – de notre inconscient collectif. L’auteur de ces citations ne crée évidemment pas un tel mouvement mondial mais il l’exprime en français. C’est l’illustration avancée ici pour comprendre la renaissance de la justice internationale pénale dans les années 1990. Cette étude propose de s’écarter d’une présentation classique ou théorique, en apparence seulement, car c’est s’éloigner pour mieux revenir en plein cœur du sujet. Elle suppose d’accepter de suivre, au moins pour en vérifier la pertinence, un raisonnement tendant à mettre en lumière que la raison de la résurrection de la justice internationale pénale dans les années 1990 (I) se trouve dans la psychologie collective telle qu’elle atteint le paroxysme de son expression dans la décennie précédente de 1980 (II).

1 – La résurrection de la justice internationale pénale dans les années 1990

6Manifester un sentiment immense – lui-même révélateur d’une souffrance plus grande encore – le mettre en mots, l’extérioriser, le verbaliser, c’est en soi commencer à s’en soulager, le cas échéant collectivement. Aucun artiste n’a pu, incontestablement, déclencher à lui seul un tel mouvement vers la résurrection de la justice internationale pénale, mais il faut bien reconnaître qu’en exprimant les sentiments collectifs, il a tout à fait pu y participer dans les années 1980. Du moins pour la francophonie, à commencer par la France qui, à ce propos, jouera un rôle de premier plan dans la création des juridictions internationales criminelles dans les années 1990, tout spécialement s’agissant de la promotion des droits des victimes. Une telle hypothèse est loin d’être aussi anecdotique, frivole, banale ou même vulgaire qu’il pourrait sembler de prime abord, bien que ce désir d’une justice internationale pénale n’ait pu trouver à se concrétiser pendant plusieurs décennies entre la fin des travaux des tribunaux militaires internationaux, en 1946 et 1948 respectivement à Nuremberg et à Tokyo (A), et la décision subite en 1993 de créer un Tribunal pénal international en réaction aux crimes commis dans les Balkans, tout spécialement dans la République de Bosnie-Herzégovine (B).

1.1 – Le constat d’un silence assourdissant

7Le lecteur attentif aura sûrement remarqué que, entre le jugement rendu par le Tribunal militaire de Tokyo le 12 novembre 1948 et la décision de créer le Tribunal pour l’ex-Yougoslavie prise par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 22 février 1993 (dans sa résolution 808), il s’écoule près de quarante-cinq années avant que la justice internationale pénale ne connaisse une véritable résurrection exponentielle à partir des années 1990. Ce gouffre de quatre décennies et demie correspond à un silence assourdissant dans lequel peu de voix discordantes, voire dissonantes, s’élèvent. Et encore plus rares sont celles dont l’écho retentit jusqu’à l’opinion publique, permettant ainsi de révéler l’une de ses préoccupations profondes, ce qui est essentiel pour comprendre pourquoi l’humanité s’est saisie de son avenir. Une photographie particulièrement pesante illustre ce silence qui était devenu étourdissant pour la communauté internationale (1), d’autant plus qu’elle n’est pas isolée (2).

1.1.1 – Une photographie devenue emblématique

8En 1994, un journaliste sud-africain de bientôt trente-quatre ans, dénommé Kevin Carter, reçoit le prix Pulitzer dans la catégorie de la photographie de grand reportage [10][10]« Feature photography ». pour un cliché, publié dans The New York Times du 26 mars 1993, représentant une jeune enfant affamée qui s’écroule à proximité d’un vautour attendant manifestement sa mort pour la dévorer. Cette photographie fait le tour du monde quelques mois avant le suicide de son auteur, hanté notamment, d’après le mot qu’il laisse, par le souvenir de ces enfants mourant de faim. Le cliché est pris dans le courant du mois de mars 1993, à proximité de la localité soudanaise d’Ayod, aujourd’hui sur le territoire de la République du Soudan du Sud. Il suscite une controverse virulente à l’encontre du jeune photographe qui est accusé, en somme, de ne pas avoir porté assistance à une fillette manifestement en danger de mort imminente.

9L’auteur se défend en expliquant avoir voulu saisir l’horreur des famines consécutives à la guerre civile soudanaise [11][11]Qui frappe le pays quasiment sans discontinuer de 1955 jusqu’à… dont on estime qu’elle cause deux millions de morts, quatre millions de déplacés à l’intérieur du pays et cinq cent mille réfugiés à l’étranger. Cet enfant prostré sur le sol, à quelques pas d’un charognard l’observant avidement, crée une polémique sans doute injuste puisque la photographie est prise à l’intérieur – et non pas à l’extérieur – d’un centre humanitaire géré par Médecins du Monde, à proximité de secours qui prennent sans aucun doute déjà l’enfant en charge, comme le prouve le bracelet qu’il porte autour de son poignet droit famélique. Un journaliste espagnol, Alberto Rojas (2011), établira d’ailleurs ultérieurement que cet enfant est bien un garçonnet – et non pas une fillette comme on l’a longtemps cru – qui survivra à la famine pour décéder quatorze ans plus tard des suites du paludisme. Cependant, l’image de cet enfant affaibli, dénudé sur un sol désespérément aride, provoque l’écœurement de l’opinion publique occidentale en cette année charnière de 1993.

10Comme l’explique le photographe, cette situation n’a rien d’exceptionnel dans un centre d’urgence où plusieurs dizaines de personnes, poussées sur les routes de l’exode par la faim, meurent toutes les heures. Afin d’illustrer cette situation, le journaliste sud-africain s’approche donc lentement de la scène, attend pendant une vingtaine de minutes pour prendre le meilleur cliché puis s’éloigne après avoir évidemment pris soin de chasser le volatile loin de l’enfant, qu’il n’était de toute façon pas autorisé à toucher pour des raisons sanitaires. Si c’est donc à tort que Kevin Carter est accusé d’être le véritable prédateur de cette affaire, il a le mérite immense d’avoir fixé l’une des images les plus dérangeantes de l’histoire du photojournalisme. Si elle suscite une réaction aussi vive, c’est parce que cette photographie manifeste la mauvaise conscience croissante du monde à l’aube du vingt-et-unième siècle.

1.1.2 – Une photographie parfaitement représentative

11Le drame de la fin du siècle précédent réside précisément dans le fait que cette photographie est malheureusement représentative, sinon de l’inaction complète, du moins de l’impuissance de la communauté internationale à empêcher les violations graves du droit international. Entre 1948 et 1993, les relations internationales sont conduites dans une telle logique d’affrontement entre le capitalisme occidental et le communisme oriental qu’aucune réaction efficace n’est à attendre de la part des États, des peuples ou des nations. L’anachronisme guetterait le lecteur d’aujourd’hui qui espérerait, pour les enfants à bout de force de l’époque, des secours autres qu’alimentaires. Certes, des organisations caritatives non gouvernementales – comme Médecins sans frontières (1971), Action contre la faim (1979), Médecins du Monde (1980)… – sont susceptibles d’intervenir dans l’urgence. L’aide humanitaire est toutefois moins développée qu’actuellement. Surtout, aucune réaction militaire n’est à attendre puisque les opérations de maintien ou de rétablissement de la paix se comptent alors au compte-goutte [12][12]Le droit international de la paix repose sur le fameux chapitre…. Et aucune action judiciaire n’est encore moins à attendre pour relever les intérêts de ces enfants et parler en leur nom. D’ailleurs celui du cliché, dont on ignore alors jusqu’au genre ou au nom, n’aura aucun état civil pendant près de vingt ans.

12Or la liste des atteintes au genre humain commises, ne serait-ce même que dans les années qui précèdent la création du Tribunal pour l’ex-Yougoslavie, serait trop fastidieuse pour être passée ici en revue. Quelques exemples suffiront cependant à se faire une idée tant de leur quantité que surtout de leur gravité. En Amérique du Sud, entre 1970 et 1990, à l’occasion de dictatures militaires, en Argentine et surtout au Chili, trente mille personnes disparaissent, dont seulement un tiers des corps ont été retrouvés à ce jour. Les « disparitions forcées de personnes » sont dorénavant susceptibles de constituer un crime contre l’humanité [13][13]« Par “disparitions forcées de personnes”, on entend les cas où…. Au Cambodge, entre 1975 et 1979, la dictature communiste des Khmers rouges extermine environ trois millions de personnes, soit un tiers de la population totale du pays, dans ce qui est considéré en doctrine comme une véritable autodestruction cambodgienne, sinon un auto-génocide. Au Guatemala, entre 1982 et 1983, la guerre civile cause un million de déplacés et deux cent mille morts parmi les amérindiens mayas massacrés par la dictature militaire en place. La guerre entre l’Iran et l’Irak, entre 1980 et 1988, voit le recours massif aux enfants soldats envoyés se faire tuer dans le désert. Et la liste serait tellement longue…

13Que le contexte historique ait été favorable à la renaissance de la justice internationale pénale avec la fin de la guerre froide, la dislocation du bloc communiste et la chute de l’Union soviétique (rapidement entre 1989 et 1991) est une certitude. Que les moyens financiers, les solutions juridiques et surtout la volonté politique aient coïncidé pour favoriser l’émergence de juridictions internationales criminelles est tout aussi certain. Toutefois, que l’histoire rende une solution judiciaire internationale envisageable, possible ou même faisable n’explique pas en soi que le pas ait été sauté effectivement. Ce n’est pas parce qu’une porte est entrouverte qu’on est obligé de la franchir, surtout si l’on se remémore que bien des espoirs liés à la fin du vingtième siècle ont été déçus. Si bien qu’une telle surinterprétation des évènements a posteriori s’avère périlleuse. Ces facteurs évidemment bénéfiques ne suffisent pas à expliquer le mouvement de conscience collective par lequel les organisations intergouvernementales réunissant les peuples du monde entier – ou parfois au moins d’un continent – décident de nouveau de punir pénalement certains comportements, sans cette préoccupation tellement classique pour les prérogatives de la souveraineté nationale. Et en outre de rendre la justice démocratiquement par elles-mêmes, c’est-à-dire avec certes la coopération des États mais en se plaçant aussi peu que possible sous leur tutelle – ou pire sous leur dépendance.

1.2 – La création subite du Tribunal de La Haye

14C’est par une fausse représentation de l’histoire que l’on se figurerait la justice internationale pénale comme une ligne droite prenant progressivement son essor. Une telle vision abstraite est à la fois fausse et surtout trompeuse car les juridictions internationales criminelles peuvent être regroupées, chronologiquement, en seulement deux phases. D’abord une parenthèse entre l’établissement du Tribunal de Nuremberg le 8 août 1945 et le verdict du Tribunal de Tokyo le 12 novembre 1948. Soit un épisode de tout juste trois ans et trois mois, ne connaissant à proprement parler aucun précédent historique véritablement comparable. Et qui ne trouvera aucun écho pendant quarante-cinq années avant l’adoption effective du statut fondateur du Tribunal pour l’ex-Yougoslavie par le Conseil de sécurité le 25 mai 1993 (en annexe de sa résolution 827). La décennie 1990 marquant ainsi la réapparition de la justice internationale pénale – ce qui était loin d’être évident et même, à certains égards, à peine concevable – avant sa confirmation dans les années 2000 et sa confortation dans les années 2010. Or les raisons avancées traditionnellement pour expliquer la création du Tribunal de La Haye en 1993 sont peu convaincantes (1) par rapport à celle d’un passage de génération (2).

1.2.1 – La carence des explications traditionnelles

15En 1992, des journalistes britanniques d’information de la chaîne ITN et du quotidien The Guardian sont autorisés à filmer un reportage dans des ‘centres d’investigation’ situés à proximité de la ville de Prijedor, dans le nord-ouest de la Bosnie [14][14]Plus largement autour de ce reportage, qui sera primé :…. Ces images font rapidement le tour du monde, relayées par de nombreuses publications de célèbres captures d’écran dans la presse écrite. Le choc de l’Occident face à la découverte de camps de prisonniers décharnés, rappelant de façon insoutenable ceux de la Seconde Guerre mondiale, est souvent mis en exergue. Comment tolérer en effet l’existence de tels camps en plein cœur de l’Europe, à seulement deux heures d’avion de la France et moins d’une heure de l’Italie ? Les camps de Trnopolje et d’Omarska sont tenus par les autorités de la ‘République serbe de Bosnie’, alors autoproclamée en sécession avec le gouvernement central de Sarajevo. À partir de mai 1992, la police et l’armée des insurgés y détiennent plusieurs milliers de bosniaques considérés comme ni serbes ni orthodoxes. Il convient d’en rapprocher les deux autres camps de Keraterm et de Manjača qui n’ont certes pas été visités par les journalistes britanniques.

16Après la prise de contrôle de la ville de Prijedor, le 30 avril 1992, au début de la guerre, les nouvelles autorités municipales procèdent à des milliers d’internements dans ces quatre ‘points de rassemblement’. L’objectif est de parachever la politique de ‘nettoyage ethnique’ à l’encontre des victimes n’ayant pas encore fui vers la zone gouvernementale. Les conditions y sont inhumaines (détention dans d’anciens complexes industriels ; surpeuplement ; chaleur ; un seul repas quotidien ; absence d’assistance médicale, d’hygiène ou de sanitaires ; sévices…). Les détenus y subissent extorsion, intimidation et torture extrême aussi bien moralement que physiquement ou même sexuellement. La mutilation des organes génitaux masculins est pratiquée (circoncision forcée, émasculation, castration) [15][15]Le jugement rendu contre Duško Tadić considère comme constant…. Près de la moitié y trouvent la mort, souvent dans des conditions atroces (famine, bastonnade, épidémies, charniers…). Les victimes sont des civils bien plus que des combattants ; aussi bien des hommes que des femmes, plusieurs dizaines d’entre elles y servant d’esclaves domestiques et sexuelles pour les gardiens serbes de ces camps de concentration. Ces actes de brutalité, de cruauté et de barbarie seront qualifiés de crimes contre l’humanité par le Tribunal pour l’ex-Yougoslavie [16][16]Les responsables principaux seront condamnés pour crime contre… ainsi que par les Sections spécialisées de la Cour d’État de Bosnie-Herzégovine, une juridiction mixte qui siège à Sarajevo depuis 2008 [17][17]S’agissant de responsables secondaires. Voyez note 5.. Les coupables purgent actuellement des peines d’emprisonnement devant durer jusqu’à plusieurs décennies.

17L’autorisation de tourner le reportage avait été accordée initialement par les autorités séparatistes pour prouver leur respect supposé des lois de la guerre. L’objectif est manqué bien que la visite ait été strictement encadrée par les gardiens lourdement armés des deux camps et que les conditions de détention aient été améliorées considérablement en cette occasion. Les média du monde entier privilégient l’image montrant « un jeune homme maigre » comme emblème de l’horreur vécue par les prisonniers, surtout musulmans, dans les camps de concentration bosnoserbes [18][18]Pedon, Walter (1996). Sur ce point : « Ce corps sur lequel le…. Les journalistes britanniques subissent à leur tour une polémique injustifiée de la part des insurgés qui les accusent d’avoir détourné les images de leur contexte. Il ne se serait pas agi de centres de détention mais de ‘camps de transit’ où des réfugiés se seraient rendus pour leur propre sécurité, dans lesquels ils auraient circulé librement et qu’ils auraient pu quitter à tout instant. L’équipe se serait même glissée derrière un grillage en vieux fil de fer barbelé pour fixer sciemment l’image de prisonniers semblables à ceux de la Seconde Guerre mondiale. Et le jeune homme en question serait en outre un détenu serbe de droit commun atteint d’une tuberculose avancée. L’intéressé, auteur d’un geste célèbre – s’approcher pour tendre le bras droit à travers les barbelés et serrer la main d’une personne hors-champ – survivra pour témoigner qu’il n’était ni serbe, ni tuberculeux [19][19]Debord (1997). Alić Fikret témoignera même devant une cour de….

18Les images de prisonniers bosniaques au visage émacié, au corps squelettique, la plupart torse nu, en mauvaise santé et parqués derrière les barbelés de camps serbes en Bosnie du nord créent certes un électrochoc. Elles montrent à l’opinion publique internationale les ravages d’une guerre en plein cœur de l’Europe, rappelant l’horreur des camps de la mort nazis. La réaction médiatique est généralement présentée comme ayant eu un impact triple. Elle est suivie, à court terme, d’une réaction politique puisque les autorités sécessionnistes bosno-serbes semblent autoriser rapidement le Comité international de la Croix-Rouge à accéder à certains de ces camps proches de Prijedor, non sans avoir pris le soin de déplacer voire de liquider les prisonniers les plus affaiblis afin de les soustraire à des yeux extérieurs. Elle entraîne, à moyen terme, une réaction juridictionnelle puisque la décision de créer le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie est prise, on l’a vu, six mois après. Enfin elle suscite, à long terme, une réaction militaire puisque l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) sera finalement chargée d’intervenir par le Conseil de sécurité.

19Il convient toutefois de relativiser une telle présentation quelle peu idéalisée. Prétendre que la diffusion de ces images horribles aurait hâté la réaction internationale ferait presque oublier que les accords de paix mettant fin à la guerre civile bosniaque ne seront négociés à Dayton qu’en novembre 1995 et signés formellement à Paris que le 14 décembre suivant. C’est également laisser entendre que le critère géographique aurait déterminé une réaction émotionnelle du grand public occidental, qui aurait ainsi manifesté une sorte d’égoïsme en ne réagissant qu’en raison de la proximité avec l’Europe de l’Ouest. C’est surtout omettre d’expliquer pourquoi une solution judiciaire s’est imposée, consistant à réactiver soudainement la justice internationale pénale qui était pourtant en inactivité prolongée depuis novembre 1948. Alors même que de nombreuses autres violations du droit international, certes peut-être pas toujours aussi bien documentées, avaient évidemment été commises entre-temps. L’explication véritable doit manifestement être plus générale. La proposition avancée ici est donc celle d’une prise de conscience générationnelle par l’opinion publique mondiale qui exige en effet, pendant la décennie 1990, une réaction certes pas seulement politique ou militaire, mais de nouveau judiciaire à de tels actes [20][20]Sur l’influence des photographes sur l’opinion publique…. Comme jadis entre 1945 et 1948, une juridiction internationale incontestable devrait ainsi être chargée de ‘dire le droit’ entre les parties aux différents conflits ex-yougoslaves. Reste la nécessité de s’interroger sur la raison profonde de cette exigence de justice qui est promptement concrétisée en 1993.

1.2.2 – L’explication générationnelle proposée

20La génération contemporaine ressent partout dans le monde une indignation immense [21][21]Bien entendu, comme le relève Portalis (1801) avec des accents…. La nouveauté tient certes à une diffusion documentaire large des violations du droit de la guerre (films, reportages, journaux, photographies…). Toutefois cette indignation reste sourde, telle une protestation silencieuse, difficile à exprimer en Occident face aux douleurs de l’Orient et du Sud. Il ne s’agit évidemment pas d’une omerta ni d’un silence imposé de l’extérieur. Seulement la génération contemporaine reste longtemps bloquée sur l’idée que les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale ne seraient pas répétables. La promotion des droits de l’Homme est à l’honneur, l’aide alimentaire d’urgence commence à prendre son essor. Mais oser penser que des crimes analogues, aussi graves en qualité que mortels en quantité, puissent être renouvelés après l’horreur des années 1939-1945 est impossible à supporter – et donc inenvisageable, voire inaudible – de chaque côté du Rhin. Les français ‘refoulent’ d’ailleurs la collaboration ainsi que les crimes commis par le régime de Vichy avant qu’un traitement conscient entre les années 1970 et 1990 ne débouche sur un apaisement de leur mémoire collective à l’occasion d’un véritable « basculement générationnel » [22][22]Prazan (2016). Sur un travail de deuil (1944-1954) suivi d’un…. En Allemagne, le « refoulement des crimes nazis » par une société « voulant napper de sucre toute la RFA » pour vivre dans le « rose cochon et le bleu layette » prévaut en tout cas jusqu’au procès de Francfort, un tournant national qui dure vingt mois [23][23]Ricciarelli (2014). Également : Kraume (2015). Le procès de….

21Aujourd’hui encore il est possible de heurter la sensibilité de certaines personnes, qui ne descendent justement ni de déportés, ni de résistants ni de combattants, mais qui ne peuvent admettre que, depuis la Seconde Guerre mondiale, des crimes analogues aient pu être commis. En France, c’est seulement une loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté qui étend enfin la contestation, la négation, la minoration ou la banalisation « de façon outrancière » au-delà des seuls crimes contre l’humanité commis en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. L’objectif du législateur n’est évidemment pas de remettre en cause les crimes commis par les nazis, ni d’en minimiser le nombre de victimes. À commencer par la Shoah dont le Tribunal militaire international de Nuremberg établit incontestablement les 30 septembre et 1er octobre 1946 que le nombre de morts s’élève entre cinq et six millions. L’effet recherché par la loi française est seulement de souligner qu’ont pu être commis depuis des crimes tellement comparables que réviser la vérité judiciaire les concernant mérite les mêmes peines que réviser le jugement de Nuremberg [24][24]La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse vise…. Le Conseil constitutionnel français réaffirme toutefois à cette occasion que sont seulement concernés les faits criminels sur lesquels une juridiction française ou internationale s’est déjà prononcée. À l’exclusion donc des actes ou propos portant sur tous autres faits qui – n’ayant pas « encore reçu la qualification de l’un des crimes » contre le genre humain – restent « susceptibles de faire l’objet de débats historiques ». La différence de situation est en effet flagrante avec les crimes ayant donné lieu à une « condamnation judiciaire préalable » c.à.d. à un verdict judiciaire [25][25]Conseil constitutionnel (2017), §191-197. Voyez : Wachsmann….

22Qualitativement, c’est en effet la même image de l’enfer sur terre qui est reprise par les victimes pour décrire leurs expériences du génocide aussi bien à Auschwitz [26][26]Sur l’enfer concentrationnaire, avec une fin pessimiste quant à… qu’au Rwanda [27][27]Pour une analyse du lien psychosocial entre l’opinion publique… ou encore à Srebrenica, cette enclave musulmane située en Bosnie orientale qui est prise par les insurgés serbes en juillet 1995. Lors de la confirmation de l’acte d’accusation initial à l’encontre de Radovan Karadžić et de Ratko Mladić, concernant les atrocités commises à cette occasion, le juge égyptien en charge de la procédure préliminaire devant le TPIY, après avoir examiné les éléments de preuve présentés par le procureur, exprime sa répulsion face à des « scènes d’une sauvagerie inimaginable » comme la description d’un « grand-père forcé d’avaler le foie de son propre petit-fils » [28][28]TPIY (1995). La scène se déroulant sur la base militaire…. Les victimes des crimes commis sous le régime d’Hissène Habré au Tchad décrivent pareillement leurs tortures comme l’enfer sur terre [29][29]Pour des témoignages frappants avec des confrontations avec les…. Il convient donc de prendre en considération l’état d’esprit de la génération contemporaine qui, face au constat que les crimes abominables contre le genre humain se renouvèlent envers et contre tout, éprouve un sentiment immense qu’elle assourdit, réprime voire étouffe, ce qui ne peut alimenter – le mécanisme est déjà bien connu en psychologie individuelle – qu’une grande souffrance collective. On peut se représenter l’humanité parcourue d’une indignation collective, rarement verbalisée, d’autant plus exacerbée face aux obstacles politiques, militaires et économiques se dressant à l’encontre de son désir que justice soit de nouveau rendue par de vraies juridictions supranationales pénales.

2 – La raison de cette réactivation à chercher dans les années 1980

23Reste à comprendre ce qui, dans les années 1980, prépare lentement une telle réactivation des juridictions internationales criminelles. Tout se joue en substance pendant cette décennie charnière, alors même que paradoxalement rien ne s’y concrétise encore… Les tribunaux militaires internationaux sont créés après une victoire militaire des Alliés sur les forces de l’Axe, autant dire les forces du mal, pour la consolider, la moraliser par le truchement de justes procès organisés à Nuremberg et à Tokyo [30][30]L’Italie échappe de peu, en raison de son retournement…. Or l’année 1989 marque la fin du XXe siècle historique et l’entrée dans le XXIe. Les tribunaux pénaux internationaux sont au contraire créés pour ne pas mener une bataille armée, de façon donc immorale, tel un moyen dilatoire afin de détourner l’attention d’une éventuelle option militaire en ex-Yougoslavie comme au Rwanda [31][31]Robert Badinter souligne la réaction de « la conscience…. Seulement c’était sans compter sur l’opinion publique mondiale qui, bien que constituée désormais majoritairement d’une génération n’ayant pas connu la Seconde Guerre mondiale, prend conscience collectivement (A) d’une indignation toujours aussi profonde, devenue insupportable face au spectacle des misères du monde (B).

2.1 – La psychologie collective

24La psychologie sociale ou sociologie psychologique ou encore sociopsychologie, on le sait, est l’étude scientifique de la façon dont les émotions, les sentiments, les pensées et les comportements des uns sont influencés par la présence des autres. La psychologie sociale s’intéresse à la manière dont les croyances, les représentations, les relations, les intentions et les buts sont construits individuellement sous l’influence des interactions avec nos semblables – et réciproquement. La psychologie sociale est une science interdisciplinaire qui comble ainsi le fossé entre la psychologie et la sociologie. La psychologie collective est quant à elle la branche par excellence de la psychologie sociale en ce qu’elle s’intéresse aux comportements, conduites, jugements et affects des masses. Il s’agit précisément d’identifier les traces d’une indignation sous-jacente dans l’opinion publique susceptible d’éclairer, de façon plus convaincante que les explications traditionnelles, l’envol des juridictions internationales criminelles à l’aube du troisième millénaire. Si l’on postule que l’humanité a une conscience collective [32][32]C’est le sociologue Émile Durkheim qui utilise cette expression… (1), il en résulte logiquement qu’elle présente aussi un inconscient collectif (2).

2.1.1 – La conscience collective comme postulat

25En 1895, Gustave Le Bon développe des théories fondatrices mais controversées en faveur de l’émergence d’une conscience collective au sein des foules. Son approche est toutefois négative voire pessimiste puisque la foule est alors conçue comme une entité rudimentaire absorbant les consciences individuelles de ses membres [33][33]Le Bon (1895) : « La personnalité consciente s’évanouit, les…. Il s’agit de psychologie collective même si, heureusement, les développements de Le Bon sur « l’âme de la foule » par opposition prétendument à « l’âme de la race », teintés de racisme, seront critiqués sévèrement par Hans Kelsen, le célèbre théoricien dont la théorie d’une pyramide des normes est fondatrice pour les juristes contemporains [34][34]Kelsen (1922) : « C’est comme si, outre l’âme singulière, on…. En 1913, Sigmund Freud publie à son tour un travail de pionnier qui aura un impact sur de nombreuses autres disciplines dont la sociologie c.à.d. la branche des sciences humaines qui cherche à comprendre et à expliquer les façons de penser ou d’agir collectivement. Les représentations ou comportements des individus réunis ne sont pas les mêmes que lorsqu’ils raisonnent séparément (Freud, 1913). Les juristes sont habitués à de telles conceptions lorsqu’ils abordent les notions de personnalité morale, distincte des personnalités juridiques de ses membres, ou encore d’intérêt général, présenté classiquement comme d’avantage que simplement la somme des intérêts particuliers. Freud explique ainsi les comportements irraisonnés de la société, sans entendre lui proposer une psychothérapie car elle n’est pas malade. Il s’agit seulement d’interpréter les phénomènes apparents, d’accepter et de recueillir la façon dont les membres d’une collectivité formulent leur vécu. En s’exprimant, ils manifestent en effet leur attachement à certaines significations sociales ou psychologiques centrales ou globales, donc signifiantes pour chacun d’entre eux.

26Un groupe, une organisation, une institution, une société, un peuple et même l’humanité tout entière ont donc une psychologie collective. Celle-ci est irréductible à la somme des psychologies individuelles, considérées isolément, des êtres humains qui les composent. Freud considère que Totem et Tabou est son travail le plus important et le meilleur. Toutefois il avoue la tâche être plus ardue qu’il ne l’aurait cru au départ et avoir dû glisser vers une nouvelle application novatrice des thèses qu’il avait déjà développées sur la psychologie individuelle. En 1983, Eugène Enriquez expose que « Totem et tabou a tracé une nouvelle voie […] : la voie de l’exploration de ce qui résiste à l’analyse, de ce qui empêche radicalement le bonheur de l’humanité ». Et l’auteur d’expliquer qu’ « il faut prendre Freud à la lettre. De même que l’exploration des rêves est la voie royale pour la connaissance de l’inconscient, de même la compréhension des phénomènes tabous et totémiques constitue la voie royale pour l’exploration du lien social. Ce livre ouvre un nouveau pan de la pensée freudienne qui, par certains de ses aspects, prolonge ses théories antérieures, mais qui, par d’autres, a tendance à les remettre en cause radicalement. Ce n’est donc pas sans raison que nombre de psychanalystes orthodoxes ont eu et ont tendance à rejeter l’œuvre sociologique de Freud et à la considérer comme indigne ou même extravagante » [35][35]Enriquez (1983), p. 40-41. Voyez plus largement p. 39-49 et…. Si une génération dispose d’une conscience collective, alors il devient envisageable d’explorer son inconscient.

2.1.2 – L’inconscient collectif comme conséquence

27Karl Gustav Jung développe le concept d’inconscient collectif pour désigner les représentations psychiques que les êtres humains partageraient, quels que soient l’époque ou le lieu (Barus-Michel, 2012, p. 582 suiv.). Il s’agirait d’un fonds commun, constant, immémorial et universel constitué d’instincts archaïques ou d’archétypes innés qui apparaîtraient régulièrement. Il conditionnerait l’imaginaire de tout un chacun et serait la toile sur laquelle l’inconscient personnel viendrait seulement se projeter, tel une ombre. Que l’inconscient individuel soit influencé par des contenus omniprésents, immuables et identiques, se distinguant depuis la préhistoire par la récurrence de leur apparition, est intéressant pour comprendre la psyché. C’est déjà proche de la branche de la psychologie sociale qui nous intéresse dans la perspective d’identifier, non pas un fonds commun en partage entre tous les hommes, mais une psychologie collective indépendante de celles des personnes qui la composent. S’il n’est pas simple pour un individu de dégager une partie de son inconscient, entreprendre une telle démarche à l’échelle d’une collectivité se heurte à des obstacles épistémologiques énormes [36][36]Alija Izetbegović (2003), qui préside la République de….

28Une collectivité exprime toutefois son état d’esprit à travers toutes ses formes d’expression, de création ou de verbalisation. Les artistes sont bien sûr au premier plan, sans oublier les discours, émissions, films, tendances, modes et autres moyens d’expression collective, parfois à très grand succès, mais dont il serait bien difficile d’évaluer la valeur [37][37]Une piste psychanalytique est toutefois suggérée par Bettelheim…. À l’échelle de la civilisation humaine, Freud identifie ainsi l’inceste comme une loi primitive universelle qui aurait émergé pour proscrire les relations sexuelles entre les membres du même totem (Freud, 1913). René Girard préfère penser que toutes les civilisations sont fondées sur la violence d’un meurtre initial, une violence visant à mettre fin à la violence mimétique des Hommes (Girard, 1972). C’est plus modestement à l’échelle de la génération actuelle que l’on se place dans cette étude. L’hypothèse défendue pour éclairer, comprendre voire anticiper l’exigence qui a conduit une génération à restaurer la justice internationale pénale dans les années 1990, tient à une indignation collective qui œuvre en profondeur dans son inconscient depuis les deux Guerres mondiales du XXème mais que le contexte particulier des années 1980 permet de ramener progressivement à sa conscience. Percevoir, révéler ou cerner un tel mouvement est utile dans la perspective d’en assurer la pérennité, plutôt que de nous bercer d’illusions sur son futur.

2.2 – L’indignation collective

29L’indignation désigne étymologiquement le sentiment qu’une personne ne mérite pas le sort qui lui est réservé et qu’elle n’est ainsi pas traitée convenablement. Or la considération pour la dignité humaine constitue la raison d’être du droit international humanitaire, de même que celle du droit international de la paix réside dans la préservation de la sécurité collective. Les illustrations que l’on donne habituellement de la prise de conscience mondiale en faveur d’une justice internationale criminelle – sans aller jusqu’à prétendre qu’elles se résumeraient aux « phrases inutiles d’un vieux roman-photo » (Balavoine, 1982) – sont peu satisfaisantes. Il est en effet classique, et parfaitement exact, de rappeler que les quatre crimes contre la paix et la sécurité du monde portent atteinte à l’altérité irréductible de l’être humain ; que les larmes des victimes coulent sur le visage de tous leurs frères en humanité ; ou encore que les crimes contre le genre humain sont des crimes contre nous tous… Le Statut de la Cour pénale internationale déclare en préambule avoir « à l’esprit qu’au cours de ce siècle, des millions d’enfants, de femmes et d’hommes ont été victimes d’atrocités qui défient l’imagination et heurtent profondément la conscience humaine » (§2). Or, cette « conscience humaine » se manifeste par un cri collectif d’indignation, longtemps resté sans écho, mais dont la trace existe dans la création artistique avant 1993 (1) et dans la jurisprudence depuis lors (2).

2.2.1 – La manifestation artistique

30Daniel Balavoine semble bien être le porte-voix de l’inconscient collectif de toute une génération. Ce qui n’est guère étonnant de la part de celui qui disait souvent : « il y a des gens qui veulent faire passer des réponses. Moi, je veux faire passer de l’éveil » (Varrod, 2016, pp. 10-11). Et qui, dans la chanson éponyme de son ultime album, publié à titre posthume, après un premier couplet sur la psychologie individuelle d’un homme, s’engage lui-même dans la psychosociologie [38][38]Balavoine (1986), Sauver l’amour : « Et chaque nuit le peuple…. Or le message accessible à travers le chanteur est indubitablement le cri collectif d’une indignation inconsciente. L’artiste n’exprime évidemment rien qui ne soit déjà assurément présent dans l’inconscient collectif. Mais il s’agit d’un sentiment sourd qu’il réussit à verbaliser. Il met ainsi en paroles cette indignation, en tout cas pour les francophones occidentaux. Bien entendu, il ne faut pas confondre le messager avec le message qu’il porte et qui lui préexiste certainement. Mais c’est une chance de pouvoir l’identifier dans un espace linguistique et culturel donné, à l’extérieur duquel des études comparables méritent d’être menées. Puisqu’il lui coûte la vie, l’engagement humanitaire de Daniel Balavoine pour la sécurité alimentaire est bien connu, au contraire de son engagement pour la justice, alors même qu’il le précède. Les relations internationales imprègnent son œuvre dès 1977 où il compose un album-concept, son second, sur l’histoire de deux frères berlinois séparés par le mur de la honte [39][39]Pernez (2016), p. 68 : « J’ai pris le prétexte du mur de Berlin….

31Son avant-dernier album, le septième, Loin des yeux de l’Occident (1983), confirme cet engagement. Pour la femme veuve qui s’éveille dénonce les conditions d’existence des femmes « du tiers-monde » que la famine ou la guerre – qui sont en pratique les deux faces d’un même mal [40][40]Pernez (2016), p. 187. Dans Sauver l’amour (1985), la chanson… – laissent veuves aussi bien en Chine (Shanghai), qu’en Sibérie (Koustanaï) ou en Afrique (au sein du peuple Massaï). Ces femmes devenant alors le seul pilier de leurs familles respectives, « dans un monde qui défaille ». C’est l’occasion pour l’artiste de faire résonner l’une des meilleures définitions du droit international pénal en chantant cette « inconnue, Dont la peine insoutenable, Est insoutenue, [elle qui] Met son cœur à nu, [elle qui] Fait comme une entaille, Une entaille » [41][41]Le droit international pénal sanctionne les violations du droit…. Ainsi, lorsqu’une peine insoutenable est ressentie ; même par une inconnue ; même à l’autre bout du monde ; même avant notre naissance, cela nous concerne si une atteinte est portée au genre humain. La raison en étant précisément que cela nous fait « une entaille » à tous. Le terme est particulièrement bien choisi car il renvoie à la notion de mutilation qui forme l’étymologie du mot ‘victime’. Notre intérêt ne va certes pas au point de pouvoir demander réparation individuelle mais au moins d’exiger que justice soit rendue en notre nom collectif. Le procureur ‘soutiendra’ ainsi devant la juridiction internationale une action en justice qui sera fondée sur l’indignation suscitée. L’album rend enfin hommage aux mères argentines de la Place de Mai qui défilent chaque jeudi inlassablement en demandant si « disparus veut dire vivants » pour « croire que leurs morts ne sont qu’absents ». Le chanteur dit ainsi l’essentiel de ce crime contre l’humanité [42][42]Revolución. Voyez note 13. Sur la disparition forcée de jeunes….

32Dans son huitième et dernier album, Sauver l’amour (1986), Daniel Balavoine chante ce Petit homme mort au combat pour dénoncer la condition des enfants-soldats dans le conflit entre l’Iran et l’Irak. La pertinence de ses paroles surprend là encore, surtout que le phénomène est loin d’avoir l’ampleur et la médiatisation qu’il a aujourd’hui, notamment après le passage du Tribunal spécial pour la Sierra Leone. C’est donc fort justement que l’une de ses compilations posthumes, celle publiée pour le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition, sera intitulée : « Sans frontières » (Balavoine, 2010). Les signes annonciateurs que l’on identifie habituellement comme prémices de la création du Tribunal pour l’ex-Yougoslavie en 1993 ne concernent finalement que les cercles des initiés, qu’ils soient diplomates ou juristes. Les travaux préparatoires, dès les années 1950, quelles que soient par ailleurs leur qualité ou leur avant-gardisme, auraient tout aussi bien pu avorter [43][43]Lombois (1979) : « L’Assemblée générale saura saisir cette…. Or ces projets politiques ou doctrinaux n’auraient jamais abouti sans un mouvement mondial d’indignation qui continue de garantir la pérennité de la justice internationale pénale aussi longtemps que nécessaire au bien de tous.

33Les juridictions internationales criminelles, à commencer par la CPI, se maintiendront aussi longtemps qu’elles entreront en résonnance avec notre psychologie collective. Le risque est cependant de s’habituer à « toute la misère du monde ». Que se passera-t-il en effet le jour où penser « aux souffrances de la terre et se dire qu’on n’est pas les plus malheureux » ne sera plus « rien à côté d’un adieu » (Balavoine, 1982) ? Le parallèle entre les états d’âme individuels et l’indignation collective a le mérite de mettre en garde contre notre indifférence qui sonnerait le glas de la justice. Or le spectre de l’égoïsme est déjà agité en 1992 lorsque l’Occident réagit à l’ouverture de camps en Bosnie [44][44]Voyez p. 217.. Il est donc important de cerner la cause d’une ‘institution naturalisée sur la Terre’ pour la comprendre (Portalis, 1801). La préoccupation de Daniel Balavoine pour les malheurs du monde est telle qu’il répond à l’avance à la question de savoir combien de temps l’œuvre de justice durera. Notre indignation prendra fin le jour où parler « liberté au milieu des morts en comptant les corps » [45][45]Balavoine (1982) : Dieu que l’amour est triste (à propos du San… ne choquera plus collectivement. La précision, la clarté, la justesse, la maturité et l’acuité de ces mots leur confèrent une force de conviction dans laquelle le grand public francophone occidental se reconnaît depuis plus de trente ans.

2.2.2 – La manifestation jurisprudentielle

34Ce pourrait être un lieu commun que les massacres entrainent depuis toujours l’indignation dans l’âme collective. L’anachronisme guetterait toutefois puisque le spectateur contemporain des images saisies dans les pays en guerre réagit à la lumière de son temps. Dans l’Antiquité gréco-romaine, aucune indignation n’est ressentie à l’égard des crimes de guerre commis à l’encontre des êtres humains et seules les atteintes aux dieux sont jugées monstrueuses [46][46]Dans l’Antiquité gréco-romaine, les lois de la guerre ne…. Le décalage avec la conception contemporaine est tellement frappant qu’il n’est pas nécessaire d’insister sur le caractère à présent totalement dépassé de la mentalité antique. Certes, au Moyen-Âge, les viols, les incendies et les pillages d’églises peuvent déjà susciter l’indignation dans les conflits armés. Seulement lorsque, le 24 mai 1915, la Grande-Bretagne, la France et la Russie accusent publiquement le gouvernement ottoman de « crimes […] contre l’humanité et la civilisation » – utilisant pour la première fois dans l’histoire cette expression à propos des populations arméniennes de l’empire – la Sublime Porte considère encore ne devoir rendre aucun compte à des gouvernements étrangers des mesures qu’elle juge nécessaires pour assurer ses frontières (Jourdan, 2005). Cette réponse du 4 juin 1915 est révélatrice de la mentalité qui perdure à l’époque. De là à en déduire que l’indignation face aux crimes internationaux serait à géométrie variable tendrait à l’excès inverse. Leur universalité ne fait plus aucun doute tant ils relèvent d’un principe supérieur respecté, peut-être pas en tout temps sous sa forme actuelle, mais désormais en tout lieu. S’ils peuvent bien être qualifiés d’universels, au sens propre, c’est parce qu’ils participent d’un mouvement tourné vers le respect des mêmes valeurs mondiales : la dignité humaine ainsi que la sécurité collective.

35En août 1998, la présidente du Tribunal pour l’ex-Yougoslavie conclut son cinquième rapport annuel aux Nations Unies en rappelant que « le Tribunal ne fonctionnait pas encore en 1993. Il n’y avait ni personnel, ni bureau, ni acte d’accusation ; il n’y avait que des victimes, une indignation collective et les résolutions du Conseil de sécurité » (TPIY, 1998, §278, p. 63). Progressivement, la notion n’émerge plus seulement dans les rapports d’activités mais en jurisprudence. La Cour pénale internationale se montre à l’origine réservée puisque, en 2006, la Chambre d’appel refuse que le seuil de gravité d’une affaire – qui conditionne sa recevabilité en vertu du Statut de Rome (article 17) – soit déterminé en tenant nécessairement « compte de l’indignation qu’un tel comportement peut avoir déclenchée au sein de la communauté internationale ». Les juges rejettent alors une appréciation qui « dépend davantage de réactions subjectives et variables aux crimes que de [leur] gravité objective » alors même qu’ils « ont été sélectionnés avec le plus grand soin » par les rédacteurs du Statut (CPI, 2006, §59 et §72). Dix ans plus tard, en 2016, Ahmad Al Faqi Al Mahdi est condamné à neuf années d’emprisonnement en tant que coauteur d’un crime de guerre consistant à avoir attaqué dix monuments religieux et historiques [47][47]L’article 8 § 2 alinéa e (iv) interdit en effet, y compris dans…. Il s’agit de la destruction des fameux mausolées de Tombouctou au Mali qui étaient tous, sauf un, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour fixer la peine et apprécier la gravité du crime commis, la Cour prend en considération leur « valeur symbolique et affective », observant que « en général, la population du Mali, pour qui Tombouctou était une source de fierté, a été indignée de voir ces actes se dérouler. [Un témoin] a décrit en outre comment l’ensemble de la communauté internationale, pour qui le patrimoine appartient à la vie culturelle, souffre de la destruction de ces sites protégés » [48][48]CPI (2016) : § 79-80. Et la Cour de commencer ainsi :…. En 2017, lorsque les réparations sont finalement prononcées, c’est ainsi le préjudice moral subi collectivement par toute la communauté humaine qui est reconnu, au-delà même de l’existence d’un lien de parenté directe avec les défunts dont les mausolées ont été attaqués [49][49]Sur les réparations collectives « pour remédier à la détresse…. Même les juridictions internationales criminelles s’initient donc à la psychosociologie.

36* * * *

37Une formule particulièrement juste a été employée pour souligner ce passage générationnel. Le droit international pénal est conçu à l’origine comme « le droit d’un moment » destiné à régir exceptionnellement des actes dont on n’envisage pas, à l’époque, qu’ils puissent jamais être renouvelés, en particulier l’Holocauste. C’est quarante-cinq ans plus tard que le législateur prend conscience douloureusement, à la lumière de la guerre dans les Balkans puis dans l’Afrique des Grands Lacs, que les procès des crimes de la Seconde Guerre mondiale à Nuremberg et à Tokyo étaient seulement l’un « des premiers moments d’un droit applicable aux plus hauts responsables des États en exercice sinon aux États eux-mêmes » (Massé, 2002, pp. 11-14.). Le droit fait alors des crimes contre l’humanité des infractions ‘ordinaires’ au sens juridique du terme, c.à.d. des infractions permanentes, même si bien sûr ils ne doivent jamais être considérés comme ‘banals’ ou ‘habituels’. Se figure-t-on la solitude de qui s’éteint dans la désolation du désert – en Afrique, en Amérique, en Asie ou ailleurs – parmi des millions d’autres crânes, avec la quasi-certitude que personne ne viendra jamais enterrer son corps, ni soutenir sa peine, ni relever sa mémoire, ni moins encore défendre ses intérêts en justice… ? L’indignation qui fait partie de notre inconscient collectif depuis plusieurs décennies – et que les francophones d’Occident, en tout cas, ont pu entendre – est son seul rempart, aussi longtemps qu’elle dure.

Notes

  • [1]
    Emmanuel Macron, Président de la République Française, discours du 10 juin 2017 à Oradour-sur-Glane.
  • [2]
    Les exemplaires vendus sont estimés entre 5 000 et 10 000. Loin du succès des albums ultérieurs du chanteur-compositeur-interprète français qui vend plus de disques après sa mort que pendant sa courte période de célébrité (1978-1986). Il devient même en 2003 l’artiste le plus radiodiffusé en France (une fois par heure en moyenne), soit 17 ans après son décès sur une dune du désert à quelques kilomètres de Gourma-Rharous.
  • [3]
    Le Tribunal pour le Rwanda achève son mandat le 31 décembre 2015 et le Tribunal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) devrait achever le sien le 31 décembre 2017. Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) crée donc une juridiction nouvelle et temporaire, le Mécanisme pour les Tribunaux pénaux internationaux, qui est chargée de terminer les procès en cours, notamment en appel, d’exercer les fonctions résiduelles des deux tribunaux et de préserver leur héritage. Sa division pour le Rwanda entre en fonction le 1er juillet 2012 à Arusha (en Tanzanie) et celle pour l’ex-Yougoslavie, le 1er juillet 2013 à La Haye (aux Pays-Bas).
  • [4]
    Ces deux dernières juridictions sont considérées comme ‘hybrides’ ou ‘mixtes’ car, bien que créées par les Nations Unies dans l’ordre international, elles sont teintées d’apports empruntés aux ordres sierra-léonais ou libanais. Il s’agit de juridictions internationales (à titre principal) et nationalisées (pour le surplus).
  • [5]
    Au Timor oriental, au Cambodge, au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine et au Sénégal, le modèle existe de chambres spécialisées au sein de l’appareil judiciaire national. Il s’agit aussi de juridictions ‘hydrides’ ou ‘mixtes’ puisqu’elles sont instituées conjointement avec un État tout particulièrement intéressé par les faits à juger. Le personnel, le droit applicable, les normes de procédure sont alors un métissage entre une composante internationale et une autre nationale, dans des proportions qui varient selon le cas considéré. Ces juridictions peuvent être présentées à titre principal comme nationales (ou continentales s’agissant des Chambres africaines extraordinaires chargées de juger Hissène Habré au Sénégal) et internationalisées (à titre subsidiaire).
  • [6]
    Article 6 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale : CPI (1998).Voyez aussi : ONU (1948).
  • [7]
    Article 7 du Statut de Rome.
  • [8]
    Dont les normes écrites et coutumières protègent certaines personnes et certains biens à l’occasion de tout conflit armé, qu’il soit international (interétatique) ou non (civil). Voyez l’article 8 du Statut de Rome.
  • [9]
    Article 8 bis du Statut de la CPI qui entrera bientôt en vigueur. Il s’agira alors de réprimer pénalement toute violation grave du droit international de la paix, qui assure la sécurité collective sur la planète bleue.
  • [10]
    « Feature photography ».
  • [11]
    Qui frappe le pays quasiment sans discontinuer de 1955 jusqu’à la signature d’un accord de paix en 2005, aboutissant à l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. La Cour pénale internationale enquête depuis 2005 sur la situation au Darfour, une autre région du Soudan (du Nord) où un conflit sanglant a éclaté depuis lors.
  • [12]
    Le droit international de la paix repose sur le fameux chapitre VII de la Charte des Nations Unies intitulé « action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’actes d’agression » (articles 39 à 51). Le Conseil de sécurité peut alors estimer nécessaire d’employer jusqu’à la force armée – aérienne, navale ou terrestre – des Membres des Nations Unies pour « maintenir » voire pour « rétablir » la sécurité internationale.
  • [13]
    « Par “disparitions forcées de personnes”, on entend les cas où des personnes sont arrêtées, détenues ou enlevées par un État ou une organisation politique ou avec l’autorisation, l’appui ou l’assentiment de cet État ou de cette organisation, qui refuse ensuite d’admettre que ces personnes sont privées de liberté ou de révéler le sort qui leur est réservé ou l’endroit où elles se trouvent, dans l’intention de les soustraire à la protection de la loi pendant une période prolongée » (article 7 du Statut de Rome). Voyez note 42.
  • [14]
    Plus largement autour de ce reportage, qui sera primé : Winterbottom (1997). Également, sur le traitement de la guerre civile (1992-1995) et notamment du Siège de Sarajevo (idem) par les média : Herrero (1997), qui est largement entrecoupé d’images d’archive poignantes, ainsi que Pérez-Reverte (2015).
  • [15]
    Le jugement rendu contre Duško Tadić considère comme constant que deux prisonniers « ont été forcés à participer aux sévices sexuels commis sur la personne de [X] comme il a été allégué, et que G a été obligé d’émasculer ce dernier en lui arrachant un testicule avec les dents » : TPIY (1997) § 45, 193-198. Pour le rappel des faits par le procureur du TPIY : §206. L’émasculation infligée à ce détenu dans le grand hangar du camp d’internement d’Omarska (Prijedor) entraine sa mort par hémorragie avec plusieurs autres prisonniers battus violemment à la même occasion le 18 juin 1992. La mutilation des organes reproducteurs féminins (machette, couteau, bâton, eau bouillante, acide…) est, elle, plutôt rapportée pendant le génocide rwandais en 1994.
  • [16]
    Les responsables principaux seront condamnés pour crime contre l’humanité commis dans trois de ces camps par « persécutions pour des raisons politiques, raciales et religieuses » (article 5 § h du Statut du TPIY) : voyez les affaires Banović (IT-02-65/1), Kvočka et consorts (IT-98-30/1), Sikirica et consorts (IT-95-8), Stakić (IT-97-24) ainsi que Tadić (IT-94-1). Pour un procès interrompu par un décès : Kovačević (IT-97-24).
  • [17]
    S’agissant de responsables secondaires. Voyez note 5.
  • [18]
    Pedon, Walter (1996). Sur ce point : « Ce corps sur lequel le regard des médias a focalisé, ce corps désigné derrière les barbelés est devenu, début août, le corps de tous les prisonniers musulmans dans les camps serbes. Il apparaît clairement que si la photo 1 a pu devenir l’image emblématique et provoquer des réactions intellectuelles et émotionnelles à travers le monde, c’est parce qu’elle assemble des éléments visuels ancrés dans la mémoire collective et dont la conjonction intentionnelle permet le rapprochement avec l’horreur des camps nazis : corps, nudité, maigreur, barbelés. En quelque sorte, ces signes visuels constituent un paradigme de l’horreur caractérisant l’événement “camps en Bosnie”, que l’on retrouvera, peu ou prou, dans la production photographique au cours du mois d’août. » (p. 27). Sur la mémoire collective : Halbwachs (1968).
  • [19]
    Debord (1997). Alić Fikret témoignera même devant une cour de justice britannique à l’occasion d’un procès en diffamation intenté par ITN et par les journalistes à l’encontre d’un magazine ayant dénigré leur travail.
  • [20]
    Sur l’influence des photographes sur l’opinion publique occidentale et leurs états d’âme : Chauvel, Novat (1999).
  • [21]
    Bien entendu, comme le relève Portalis (1801) avec des accents avant-gardistes : « On raisonne trop souvent comme si le genre humain finissait et commençait à chaque instant, sans aucune sorte de communication entre une génération et celle qui la remplace. Les générations, en se succédant, se mêlent, s’entrelacent et se confondent. Un législateur isolerait ses institutions de tout ce qui peut les naturaliser sur la terre, s’il n’observait avec soin les rapports naturels qui lient toujours, plus ou moins, le présent au passé, et l’avenir au présent, et qui font qu’un peuple, à moins qu’il ne soit exterminé, ou qu’il ne tombe dans une dégradation pire que l’anéantissement, ne cesse jamais, jusqu’à un certain point, de se ressembler à lui-même. »
  • [22]
    Prazan (2016). Sur un travail de deuil (1944-1954) suivi d’un refoulement (1954-1971) avant un retour du refoulé (1971) avec la transformation progressive d’une névrose traumatique en phase obsessionnelle (à partir de 1974) : Rousso (2016a). Sur les conséquences de cette évolution profonde des esprits : Conan, Rousso (2013). Sur l’histoire du souvenir des grands traumatismes collectifs : Rousso (2016b).
  • [23]
    Ricciarelli (2014). Également : Kraume (2015). Le procès de Francfort (du 20 décembre 1963 au 19 août 1965) est le premier organisé directement par la République fédérale d’Allemagne de l’Ouest à l’encontre d’accusés impliqués dans la Shoah et plus particulièrement dans le fonctionnement du camp d’Auschwitz.
  • [24]
    La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse vise désormais tout autre crime de génocide, crime contre l’humanité, crime d’esclavage ou crime de guerre du moment qu’il « a donné lieu à une condamnation prononcée par une juridiction française ou internationale » à commencer donc par la CPI. Il s’agit d’un délit puni, sous réserve d’avoir été commis publiquement, d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende, sans oublier la possibilité pour le juge d’ordonner l’affichage ou la diffusion de la décision prononcée (art. 24 bis).
  • [25]
    Conseil constitutionnel (2017), §191-197. Voyez : Wachsmann (2017).
  • [26]
    Sur l’enfer concentrationnaire, avec une fin pessimiste quant à son caractère reproductible : Renais (1956).
  • [27]
    Pour une analyse du lien psychosocial entre l’opinion publique et le groupe victime d’un génocide : Ukelo (2010), p. 128.
  • [28]
    TPIY (1995). La scène se déroulant sur la base militaire onusienne de Donji Potočari. Voici la citation complète du juge : « Après la chute de Srebrenica aux mains des assiégeants serbes en juillet 1995, il apparaît que la population musulmane a été victime d’un massacre. Les éléments de preuve présentés par le Procureur décrivent des scènes d’une sauvagerie inimaginable : des milliers d’hommes exécutés et enterrés dans des fosses communes, des centaines d’hommes enterrés vivants, des hommes et femmes mutilés et massacrés sauvagement, des enfants tués sous les yeux de leurs mères, un grand-père forcé d’avaler le foie de son propre petit-fils. Ces visions de l’enfer, bien réelles, figurent sur les pages les plus noires de l’histoire de l’humanité ». Le Tribunal de Tokyo a établi en 1948 que les forces japonaises, jusqu’aux officiers, ont consommé par choix et sans nécessité, parfois sous forme de soupe, la chair de certains prisonniers de guerre alliés tués illégalement : TMIEO (1948), p. 1002, 1065-1067. Des actes de cannibalisme commis en 2002 à l’encontre de la population civile en Ituri (une province située au nord-est de la République Démocratique du Congo) sur près de 300 corps sont actuellement en cours de jugement devant la CPI, entre autres, en tant que crimes de guerre : CPI (2014), §28 et note 114.
  • [29]
    Pour des témoignages frappants avec des confrontations avec les bourreaux : Haroun (2016).
  • [30]
    L’Italie échappe de peu, en raison de son retournement d’alliance après la chute de Mussolini, à la création d’un troisième tribunal militaire international à Rome, un éventuel TMIR.
  • [31]
    Robert Badinter souligne la réaction de « la conscience universelle » selon « une loi sociologique, en matière judiciaire : toute juridiction, lorsqu’elle est créée, va au bout de sa compétence » : Finkielkraut (2000), pp. 32-35. Dans le même sens : « Le projet d’un tribunal pénal international est étroitement lié à ce flot d’images. Il se voulait une réponse à l’émotion des opinions publiques. […] Gesticuler, c’est ce à quoi les représentants de la communauté internationale se sont effectivement longtemps tenus. Ainsi, pour le Conseil de sécurité, en créant le TPIY le 25 mai 1993, il s’agissait de montrer que l’on ne restait pas passif devant l’horreur, sans avoir pour autant à pousser l’intervention trop loin. » : Hubrecht (2015), p. 107.
  • [32]
    C’est le sociologue Émile Durkheim qui utilise cette expression pour la première fois. Sur la représentation collective selon lui : Barus-Michel (2012), p. 472 suiv.
  • [33]
    Le Bon (1895) : « La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité est alors devenue ce que, faute d’une expression meilleure, j’appellerai une foule organisée, ou, si l’on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité mentale des foules. » (p. 18). Sur cette surdétermination transversale : Barus-Michel (2012), p. 539 s.
  • [34]
    Kelsen (1922) : « C’est comme si, outre l’âme singulière, on voulait prendre en compte une âme collective remplissant l’intervalle entre les individus, englobant tous les individus ; c’est une représentation dont la sociologie récente n’est pas si éloignée […] ; pensée dans ses ultimes conséquences – du fait qu’une âme sans corps est empiriquement impossible –, cette représentation conduit nécessairement à imaginer à son tour un corps collectif tout aussi différent des corps individuels, dans lequel on place l’âme collective. C’est par ce biais que la sociologie psychologique est amenée à l’hypostase qui caractérise la théorie de la société dite organique, une hypostase qui confine au mythologique. »
  • [35]
    Enriquez (1983), p. 40-41. Voyez plus largement p. 39-49 et 61-66. Et de continuer : « … ce livre exceptionnel que Freud a écrit avec plaisir et conviction et qui fut, et reste, son ouvrage le plus controversé et le plus contesté. Rappelons-nous que non seulement Freud ne l’a jamais renié, mais qu’au contraire il en a repris les thèmes aussi bien dans Psychologie des foules et analyse du moi que dans Moïse et le monothéisme. » (p. 61).
  • [36]
    Alija Izetbegović (2003), qui préside la République de Bosnie-Herzégovine pendant la guerre civile, rappelle le scepticisme d’Ivan Pavlov lorsqu’il s’agit d’observer les expressions des mécanismes de la vie psychologique de l’humanité : p. 56. Sur le lien entre la science psychanalytique et la création artistique : p. 255. Sur la place de choix des règles humanitaires « dans la psychologie collective des sociétés musulmanes » : Fathally (2017), § 4.
  • [37]
    Une piste psychanalytique est toutefois suggérée par Bettelheim (2015) : « En tant qu’œuvres d’art, les contes de fées présentent de nombreux aspects qui vaudraient d’être explorés en dehors de leur signification et de leur portée psychologique qui font l’objet de ce livre. Notre héritage culturel, par exemple, trouve son expression dans les contes de fées et il est transmis à l’esprit de l’enfant par son [sic] intermédiaire. » (p. 26). Sur la représentation de la guerre et du droit au cinéma : Boiron, Goedert, Maillard (2015).
  • [38]
    Balavoine (1986), Sauver l’amour : « Et chaque nuit le peuple danse, En douceur, [il] Croit qu’il peut exorciser, La douleur, Puis lentement quitte les transes, En douceur, Alors revient dans sa conscience, Sa douleur, Au fond de lui [il] sent cette peur immense, De voir mourir ce sentiment d’amour intense ».
  • [39]
    Pernez (2016), p. 68 : « J’ai pris le prétexte du mur de Berlin parce que c’était la seule chose sur la terre qui me paraissait concrète à ce point-là, c’est-à-dire que c’est quelque chose qui est vraiment bâti contre la liberté individuelle et qu’on peut toucher du doigt. ».
  • [40]
    Pernez (2016), p. 187. Dans Sauver l’amour (1985), la chanson « Un enfant assis attend la pluie » – qui accompagnera le cercueil du chanteur lors de son enterrement – débute ainsi par le bruit d’un chargeur de fusil. Pour l’anecdote, en 1975, l’auteur avait déjà composé en pleine sécheresse « Vienne la pluie » (Barclay).
  • [41]
    Le droit international pénal sanctionne les violations du droit humanitaire (ou droit de Genève ou encore droit de La Haye) et du droit de la paix. Le droit international a d’abord encadré le recours à la force armée, avant de criminaliser le déclenchement ou la conduite des hostilités illégalement. Comme les États assuraient mal par eux-mêmes la répression de telles illégalités, il a finalement établi des juridictions pour le faire à partir de 1945.
  • [42]
    Revolución. Voyez note 13. Sur la disparition forcée de jeunes enfants dont seulement un peu plus du cinquième ont depuis lors retrouvé leur identité de naissance : Valenti (2012).
  • [43]
    Lombois (1979) : « L’Assemblée générale saura saisir cette perche et, d’année en année, célèbrera les Lémuries de son code jusqu’au 11 décembre 1957 (onze ans, jour pour jour, après l’enthousiasme de la mise au travail) où la codification du droit des infractions internationales par nature [est] radiée de l’ordre du jour pour un temps indéterminé, jusqu’à ce que l’Assemblée se saisisse à nouveau de la question de la définition de l’agression. En onze ans, la foi a changé. La guerre froide, les crises de Hongrie, de Suez [ont] fait réfléchir ; les États [sont] assez peu soucieux de lier leur liberté de décider d’une intervention armée. Les puissances [aiment] véritablement le droit des infractions internationales : elles [ont] plaisir à le pleurer. » (p. 64, §67).
  • [44]
    Voyez p. 217.
  • [45]
    Balavoine (1982) : Dieu que l’amour est triste (à propos du San Salvador).
  • [46]
    Dans l’Antiquité gréco-romaine, les lois de la guerre ne protègent pas les populations humaines mais uniquement les dieux et les morts. Seuls temples, sanctuaires et sépultures sont consacrés par les lois. Celui qui s’attaque à ces biens est considéré comme un monstre pour avoir violé « les lois non-écrites des dieux » (Antigone de Sophocle). Alors même que massacres, ravages et esclavage imposés à l’ennemi n’émeuvent guère la conscience universelle. Les crimes de guerre consistent donc à se placer hors des lois divines en méprisant les dieux, donc en leur faisant la guerre à eux et non pas aux autres Hommes : Veyne (2005), p. 457 et n. 136.
  • [47]
    L’article 8 § 2 alinéa e (iv) interdit en effet, y compris dans un conflit armé interne, de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion ou des monuments historiques.
  • [48]
    CPI (2016) : § 79-80. Et la Cour de commencer ainsi : « l’attaque dont ils ont fait l’objet semble particulièrement grave car leur destruction affecte non seulement les victimes directes des crimes – les fidèles et habitants de Tombouctou – mais aussi toute la population du Mali et la communauté internationale. […] Le témoin a déclaré à l’audience que la destruction de ces mausolées, auxquels la population de Tombouctou était affectivement attachée, était une activité de guerre visant à abattre la population dans son âme. »
  • [49]
    Sur les réparations collectives « pour remédier à la détresse affective résultant de l’attaque menée contre les Bâtiments protégés » : CPI (2017), § 86, 89-90 et 104. Sur la reconnaissance des « souffrances endurées par la population de Tombouctou, par le peuple malien et par la communauté internationale » : § 28, 53 et 70.

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19 février 2019

La Voix du Nord (01/2016)

voixdunord2016

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17 février 2019

Balavoine au pied du mur (Sud Ouest, septembre 1977)

sud ouest 1977

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15 janvier 2019

L'inoubliable n° 74

J'me présente, je m'appelle Daniel - revue de presse 32 pages (3 euros 50)

couv74

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27 décembre 2018

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studio11985

Daniel Balavoine à côté de l'animatrice Julie sur Europe 1, le 6 novembre 1985. Daniel est invité dans l'émission "Studio 1" de Michel Drucker.

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26 décembre 2018

« Un énervé de la vie » (Le Parisien, 14 janvier 2016)

« Un énervé de la vie »

Propos recueillis par É.B.

Andy Scott, son producteur

Andy Scott a été de tous les albums et toutes les tournées de Balavoine, comme ingénieur du son et producteur. Plus qu'un complice musical, cet Anglais âgé de 67 ans a été un ami proche. Depuis un entretien en 1996 avec Didier Varrod -- à lire dans l'excellent « Génération Balavoine » chez Fayard -- il ne s'était jamais exprimé. « J'ai tout de suite vu son potentiel » « Nous nous sommes rencontrés lors de l'enregistrement d'un album de Patrick Juvet, pour lequel j'étais ingénieur du son et Daniel était choriste. Juvet lui avait laissé chanter une chanson, ce qui est rarissime... Mais logique, car l'artiste dans l'affaire, c'était Daniel. J'ai tout de suite vu son potentiel, sa voix incroyable, aussi à l'aise dans la douceur mélodique que dans le rock dur. Il avait comme moi une grande passion pour le rock anglais, Free, Led Zeppelin... » « On enregistrait la nuit, c'était moins cher » « Quand je l'ai rencontré, Daniel avait un petit côté bébé, c'était le dernier d'une grande famille. Mais il a vite grandi. Sans moyens, on créait les chansons à deux dans l'appartement de son frère Bernard. Ensuite, on enregistrait en studio la nuit, car ça coûtait moins cher à son label, Barclay. Les deux premiers albums ont été des échecs commerciaux, mais on a tenu bon. Au fil du temps, il s'est intéressé aux nouvelles technologies, en écoutant Peter Gabriel, Phil Collins... On a trouvé notre son avec l'albumVendeurs de larmes . » « Il fallait le suivre ! » « Daniel, c'était quand même un énervé de la vie. Il savait qu'il avait une chance énorme et il voulait tout faire, tout voir, il ne tenait pas en place. Il fallait le suivre ! Mais il était facile et fidèle. Il avait fait les choeurs sur l'album de Bashung, qu'il adorait (NDLR : "Roman-photo", en 1977). En tournée, en vacances, c'était un bon vivant, il adorait boire, manger, les filles... Quand il avait des peines de coeur, il atterrissait chez moi, à 3 heures du mat. Mais il avait une petite santé et il fallait qu'il fasse attention à sa voix sur les grosses tournées. Il voyageait toujours avec une valise de pilules d'homéopathie. » « Il voulait se lancer dans une carrière internationale » « Avant sa disparition, il projetait de déménager en Angleterre. Pour passer inaperçu mais aussi s'imbiber de la langue, parce qu'il voulait percer sur le marché anglo-saxon. Mais la vie n'a pas voulu... J'ai appris sa mort en me réveillant, sur RTL, la radio qui l'avait soutenu. Je n'y croyais pas. C'est comme si j'avais perdu un frère. »

 

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26 septembre 2018

L'inoubliable n° 73

couvinou73

Balavoine dans le texte (chansons pour Patrick Juvet, Je suis bien, Le Français est une langue qui résonne, Dieu que c'est beau - Revue de presse (3 euros 50)

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29 mai 2018

L'Inoubliable n° 72

promo72

Numéro 72 : Daniel Balavoine dans le texte (Chrysalide, Vienne la pluie) - Revue de presse, 36 pages, 3 euros 50

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