L'inoubliable Daniel Balavoine

24 juillet 2019

Daniel Balavoine : que s'est-il passé le jour de la mort du chanteur ?

 

le 24/07/19 (L'internaute)
  • Daniel Balavoine : que s'est-il passé le jour de la mort du chanteur ?Le 14 janvier 1986, le chanteur Daniel Balavoine, à l'honneur d'un documentaire diffusé sur W9 mercredi 24 juillet, trouvait la mort dans un accident d'hélicoptère en plein Paris-Dakar.

SOMMAIRE

[Mis à jour le 24 juillet 2019 à 15h38] Plus de trente ans après la mort de Daniel Balavoine, certaines questions persistent. Que s'est-il vraiment passé le matin du 14 janvier 1986 ? Comment cet accident d'hélicoptère a-t-il pu arriver et coûter la vie du chanteur et de Thierry Sabine, créateur du Paris-Dakar ? Le documentaire "Vivre ou survivre", diffusé sur W9 ce mercredi 24 juillet 2019, tente de percer le mystère de la carrière de Balavoine, mais aussi celui de sa mort brutale, ce jour de janvier 1986.

Chanteur engagé, Daniel Balavoine se rend sur le Paris-Dakar en janvier 1986, en tant qu'ambassadeur de l'action humanitaire des "Paris du Coeur". Le 14 janvier, date de la 14ème étape de la course entre Niamey et Gourma-Rharous au Mali, Daniel Balavoine et Thierry Sabine montent à bord d'un hélicoptère pour rejoindre la ville de Gao. Après un entretien avec le gouverneur malien, les deux hommes donnent le coup d'envoi d'un match de football, organisé en marge du Paris-Dakar. Ils reprennent ensuite l’hélicoptère direction Gourma-Rharous, l'arrivée de l'étape du jour. À la fin de la journée, alors que le temps se gâte et que la nuit tombe, le petit équipage de l'hélicoptère arrive à Gossi, au Mali, départ de la deuxième épreuve du Paris-Dakar le 14 janvier.

Mais au coucher du soleil, vers 19h20, l'hélicoptère repart, sans être équipé pour voler de nuit. D'autant que les conditions climatiques sont critiques. L'appareil est difficile à contrôler, le pilote décide d'atterrir avant le but, qui était Gourma-Rharous. Il finit par perdre le contrôle et l'hélicoptère termine sa course dans une dune après avoir fait plusieurs loopings. Si ce déroulé de la journée semble avoir été prouvé, les circonstances exactes du drame restent floues, notamment à cause de l'absence de témoins directs.

Après l'accident, le corps du chanteur est rapatrié en France pour y être inhumé. Ses obsèques ont été célébrées le 20 janvier 1986 à Biarritz, où il est enterré. Si Daniel Balavoine est mort très jeune, à 33 ans, il a laissé derrière lui une oeuvre immense et des tubes innombrables, qui résonnent encore pour les artistes de la nouvelle génération de la scène musicale française.

"Tous les cris les SOS", histoire d'un tube de Balavoine

En 1985, Daniel Balavoine sort un titre qui deviendra la plus célèbre de ses chansons : "Tous les cris les SOS". Extrait de l'album "Sauver l'amour", le titre évoque la douleur de la solitude. La chanson sera aussi celle la plus vendue de l'artiste. Aujourd'hui encore, le morceau "Tous les cris les SOS" résonne sur de nombreuses radios ou sur les plateformes d'écoute en streaming et a été à de multiples fois reprises par d'autres artistes de l'ancienne comme de la nouvelle génération, notamment Zaz, Grégory Lemarchal dans Les Enfoirés ou encore la chanteuse Jeanne Mas dans les années 90.

Outre "Tous les cris les SOS", il ne serait pas chose facile de faire la liste exhaustive des titres de Daniel Balavoine qui ont traversé les époques et qui sont devenus cultes. "L'Aziza", "Mon fils, ma bataille" ou même "Vivre ou survivre" font évidemment aussi figure de tubes, résonnant encore aujourd'hui. En tout, durant sa courte carrière écourtée par sa mort en 1986, le chanteur a sorti huit albums, contenant une vingtaine de titres toujours cultes, vendu quelque 20 millions de disques et est, même 30 ans après sa disparition, resté dans les mémoires comme l'un des artistes incontournables de la chanson française.

Corinne, dernière femme de Daniel Balavoine

C'est en 1981 que Daniel Balavoine croise le chemin de celle qui deviendra la mère de ses enfants, Corinne Barcessat, dans une manifestation. Le 15 juillet 1984 naît de leur union un premier enfant, Jérémie. L'année suivante, en hommage à sa femme, juive-marocaine, Daniel Balavoine dévoile ce qui deviendra l'un de ses plus grands succès : "L'Aziza". Plus d'un million d'exemplaire de ce single seront vendus, le propulsant au sommet du Top 50 pendant plusieurs semaines.

Trois mois après la mort du chanteur, Corinne donnera naissance à une fille, Joana, qui n'a jamais connu son père. Cette dernière s'était confiée en 2015, lors de la première diffusion du documentaire "Je m'présente, je m'appelle Daniel...", dans Paris Match : "D'abord je l'ai beaucoup rejeté. Les gens me parlaient d'un mec que je ne connaissais pas [...] Je ne voulais pas aller chercher un père dont je savais qu'il ne pourrait jamais être là, avec moi [...] et puis un jour, un ami m'a remis un bouquin avec ses textes. C'est le poids de ses mots qui m'a traversée, la manière dont ils les avait choisi [...] à force d'entendre les gens me dire que je lui ressemble [...] que je m'emporte avec la même fougue, j'ai accepté de ressembler à ce mec tout en ne sachant pas réellement qui il était."

Daniel Balavoine, une carrière fulgurante

Daniel Balavoine est né le 5 février 1952, c'est le plus jeune fils d'une famille de six enfants. Très bon élève, en lettres notamment, le jeune Daniel souhaite évoluer dans la politique. Mais le divorce de ses parents, son envoi dans un pensionnat et la fin décevante pour lui de la révolution étudiante de Mai 1968, le convainquent qu'il est fait pour écrire et faire des chansons. Un destin scellé pour ce jeune homme à la personnalité fougueuse. Après des débuts compliqués , il devient alors choriste de Patrick Juvet et de fil en aiguille, il s'entoure de personnes qui ne le quitteront plus. Lors d'un passage à la télévision où il interprète "Lady Marlène", il est remarqué par Michel Berger qui est à la recherche d'un chanteur pour incarner Johnny Rockfort dans sa comédie musicale "Starmania". Le succès est immédiat et colossal. Daniel Balavoine se fait enfin un nom.

Fort de sa nouvelle notoriété, il enregistre en 1978 "Le chanteur", qui traduit parfaitement les angoisses et la lucidité de cet homme conscient que la vie est courte. 1980 est une année importante pour lui : il enchaîne les succès, et marque les esprits lors d'une intervention osée à la télévision où il s'adresse directement à François Mitterrand. Il enregistre également l'album "Un autre monde" où figurent les tubes tels que "Mon fils, ma bataille", "Je ne suis pas un héros" ou encore "La vie ne m'apprend rien". 1982, nouvel album, nouvelles sonorités. Balavoine se distingue comme pionnier de la musique électronique en France, et en usera avec des titres comme "Sauver l'amour" ou "Tous les cris, les SOS".

C'est aussi en s'engageant dans l'humanitaire qu'il se démarque de ses congénères. Il se voit confier l'opération "Pompes à eaux pour l'Afrique" lors du Paris-Dakar de 1986. Alors qu'il rejoint son bivouac, l'hélicoptère où il se trouve heurte une dune et s'écrase, faisant cinq morts, dont le chanteur. Fauché en pleine gloire, Daniel Balavoine laisse un vide abyssal dans le monde de la musique. Beaucoup de ses amis artistes lui rendent hommage, et c'est tout naturellement que l'association Daniel Balavoine perpétue son travail avec la mise en place de pompes à eau au Mali et au Sénégal.

Daniel Balavoine : dates clés

1 janvier 1978 : Premier succès de Daniel Balavoine
Remarqué par la maison de disque Barclay en tant que choriste de Patrick Juvet, Daniel Balavoine connaît son premier succès avec "le Chanteur". Passé jusqu’ici inaperçu, l'artiste commence une carrière qui sera courte mais ponctuée par de nombreux succès.
10 avril 1979 : Première représentation de Starmania au Palais des Congrès
Le célèbre opéra-rock Starmania est joué pour la première fois au Palais des Congrès à Paris. Les interprètes, dont Daniel Balavoine et France Gall, assurent en partie le succès de cette comédie écrite par Plamandon et composée par Berger.
19 mars 1980 : Balavoine en colère dans le journal d'Antenne 2
Invité sur le plateau du journal télévisé d’Antenne 2 face à Mitterrand notamment, Daniel Balavoine se met en colère et adresse un avertissement aux politiques et journalistes. Il affirme que "la jeunesse se désespère", que les propos des médias n’intéressent personne et que ceux-ci passent à côté des vrais problèmes. Cette dénonciation de l’absence de droit à la parole des jeunes dans les médias restera une expression du caractère passionné du chanteur.
16 octobre 1985 : Concert pour l'Ethiopie à la Courneuve
A l’occasion d’un concert organisé à des fins humanitaires pour l’Ethiopie par Chanteur Sans Frontières, Daniel Balavoine et Jean-Jacques Goldman interprètent en duo le titre "Je marche seul". Engagé dans diverses œuvres humanitaires, Balavoine recevra en décembre de la même année le prix de S.O.S racisme.
14 janvier 1986 : Drame sur le Dakar
Lors de la 8ème édition du Paris-Dakar, un hélicoptère piloté par François-Xavier Bagnaud transportant deux journalistes français, l'organisateur du rallye Thierry Sabine et le chanteur Daniel Balavoine, heurte une dune et explose à 8 kilomètres de Gourma-Rharous, au Mali. Tous les occupants de l'appareil sont tués. Surpris par la nuit (vers 18h30) le pilote aurait voulu se poser mais l'hélicoptère pris dans une tempête de sable s'est écrasé. La direction de l'épreuve est reprise par le père de Thierry Sabine, Gilbert. Daniel Balavoine avait participé à deux reprises à la course. A bord de l'hélicoptère du Dakar, Balavoine supervisait l'installation de pompes à eaux dans des villages africains.

 

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27 mai 2019

Balavoine, un contestataire sanctifié

Le Monde.fr
vendredi 22 janvier 2016 

 

Une jeune génération d'interprètes dresse un portrait dithyrambique et sans nuances de l'artiste mort il y a trente ans (vendredi 22 janvier à 23 h 20 sur France 3).

Documentaire surFrance3 à23h20

Une jeune génération d'interprètes dresse un portrait dithyrambique et sans nuances de l'artiste mort il y a trente ans.

Trente ans après sa mort, Daniel Balavoine (1952-1986) a gardé une popularité intacte et la même image dans l'esprit des Français, celle d'un chanteur contestataire et militant. On se souvient de lui sur les plateaux de télévision, avec ses cheveux mal coiffés et ses pulls à carreaux. Balavoine a fait danser plusieurs générations sur des chansons engagées et populaires, des tubes à messages interprétés de cette voix atypique, capable de monter très haut dans les aigus. Une voix que certains ne se privèrent pas de critiquer et de ridiculiser.

Daniel Balavoine "Mon fils, ma bataille" 1980

Lui, croit en son talent et se moque de ses détracteurs. Et quand il rencontre, au milieu des années 1970, Léo Missir, le directeur artistique de Barclay, Balavoine, 23 ans à peine, va jusqu'à refuser de signer avec ce grand label. C'est seulement sur l'insistance de Léo Missir que le jeune inconnu finit par céder, non sans poser ses conditions : un contrat qui garantit trois albums, la possibilité de choisir ses musiciens et l'entière liberté de chanter ce qu'il veut.

Ses deux premiers albums sont un échec. L'opéra rock Starmania , porté par Michel Berger en1978, va le sauver. Les chansons Quand on arrive en ville, ou encore SOS d'un Terrien en détresse le font connaître du très grand public. Son troisième album, Le Chanteur , qui sort la même année, est un succès considérable. L'aventure est lancée, et s'emballe. Daniel Balavoine enchaînera les tubes jusqu'à sa mort, en1986 : Mon fils ma bataille , La vie ne m'apprend rien , Tous les cris les SOS , L'Aziza , Sauver l'amour... et tant d'autres.

Pathos embarrassant

Le documentaire de Didier Varrod et Nicolas Maupied, Je m'présente, je m'appelle Daniel apparaît avant tout comme une hagiographie musicale de l'artiste. Sans raconter toute sa vie, ce long film - un peu trop même - dresse néanmoins le portrait de l'interprète en faisant parler et chanter - exercice embarrassant - des artistes d'aujourd'hui : les rappeurs Youssoupha, Orelsan et Soprano; les chanteuses Christine and the Queens et La Grande Sophie; des proches comme son ancienne compagne Catherine Ferry, sa soeur Claire et sa fille Joana. Cette dernière, née cinq mois après la mort de Balavoine, livre un témoignage d'une touchante sincérité, notamment lorsqu'elle évoque ses sentiments pour lui, tiraillée dit-elle, entre « l'absence d'un père » et « la présence de l'homme public » .

Tous ces témoins font forcément l'éloge de Daniel Balavoine. Pas un qui ne soit pas dithyrambique, pas un qui apporte la moindre réserve et la moindre nuance. Résultat : les bons sentiments s'enchaînent dans ce documentaire lisse et sans aspérités où l'on nous répète pourtant à l'envi - étonnant paradoxe - que le chanteur détestait la mièvrerie. Et cet hommage qui finit par sombrer dans un pathos embarrassant, car à l'opposé de la personnalité complexe et anticonformiste de Daniel Balavoine, n'a d'autre mérite finalement que de nous faire réentendre, durant de longues séquences où il est sur scène, les plus grands succès du chanteur. Les téléspectateurs pourront au moins fredonner et danser sur ces chansons qu'ils ont tant aimées.

Je m'présente, je m'appelle Daniel, de Didier Varrod et Nicolas Maupied (France, 2015, 100 min). Le vendredi 22 janvier à 23 h 20 sur France 3.

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10 mai 2019

Disparition de Daniel Balavoine : son frère Yves parle de lui

La Dépêche du Midi 
Tarn Castres
13 janvier 2016 

Castres

il y a 30 ans

Mireille Moley

Le 14 janvier 1986, une vague de tristesse déferlait sur l'Hexagone avec la disparition soudaine du chanteur Daniel Balavoine. A l'heure où, dans le cadre du 30e anniversaire de sa disparition, les hommages se multiplient, qui pouvait mieux évoquer le parcours auréolé de succès de l'artiste, si ce n'est sa famille ? Yves Balavoine, son frère, ex-commandant en second du 8e RPIMa, réside à Castres. Entre émotion et sourire, le même que le chanteur, il accepte volontiers de parler de lui.

A écouter ce frère de 3 ans son aîné, on comprend très vite que simplicité et chaleur sont inscrites dans l'ADN Balavoine. Chez lui, les pêle-mêle de photos en nombre révèlent l'importance de la famille. Une famille unie, malgré les aléas de la vie, et protectrice envers Daniel, le petit dernier souvent surnommé affectueusement Bibiche, encore par son frère.

Yves Balavoine s'est dit « touché par les hommages TV, surtout celui du 30 décembre dernier et en particulier le témoignage des jeunes rappeurs ». Il est vrai que ces jeunes chanteurs admirateurs de Daniel sont nés bien après ce fatal 14 janvier 1986 en marge du Paris-Dakar. Pour un autre hommage, le 5 janvier, il semblerait que quelques libertés aient été prises avec la réalité, en particulier en ce qui concerne leurs parents. Divergence encore avec le mot « fratrie » qui pour Yves a toujours pris tout son sens au coeur de sa famille : « Daniel, c'est la concrétisation de tout ce que l'on a toujours voulu faire », dit-il.

Tous ont, de près ou de loin, touché à la musique ou à la chanson, à commencer par leur jolie maman. La voix de Guy, l'un des frères, n'est pas sans rappeler l'empreinte puissante et singulière de Daniel. Absolument troublant !

On pourrait penser que Daniel et Yves ont choisi deux voies diamétralement opposées : « Pas du tout », confie Yves qui revendique « un humanisme commun à la famille ».

« Les contraintes de la vie familiale ont fait diverger nos trajectoires professionnelles, mais notre solidarité est restée sans faille ».

Dans une même lignée, Claire, l'une des soeurs Balavoine, perpétue les missions du coeur entreprises par Daniel. L'association Daniel-Balavoine oeuvre toujours efficacement au Mali où 23 villages ont été équipés de motopompes et des techniciens, formés. Ce qui correspond à alimenter 23.000 personnes. L'association s'occupe aussi d'écoles.

Personne n'a oublié, plus que des coups de gueule, les élans passionnés de l'artiste (avec Mitterrand ou au sujet des anciens combattants) et Yves de remettre les pendules à l'heure : « Daniel était un pacifiste. Il avait un profond respect pour les anciens combattants, nos grands-pères et notre père ont combattu et notre mère était résistante... ». Il précise encore que Daniel n'a jamais accepté « d'être récupéré par tel ou tel président ». En effet, si les engagements contre les discriminations et un accompagnement envers les plus démunis ont toujours figuré parmi ses priorités et celles de la fratrie, l'interprète de « L'Aziza », « SOS d'un terrien en détresse et d'« Un enfant assis attend la pluie » (chansons favorites d'Yves), ne suivait qu'une ligne de conduite, celle de son coeur ! Au-delà de ses qualités artistiques et d'une discographie jalonnée de tubes, la sincérité de l'homme touchait au plus profond.

Un album de reprises à venir, des témoignages toutes générations confondues sur le net et des engagements qui résonnent toujours au coeur de l'actualité aujourd'hui prouvent que vie écourtée peut rimer avec belle intensité.

Les hommages se succèdent à l'occasion du trentième anniversaire de la disparition tragique du chanteur Daniel Balavoine. Son frère Yves, ancien officier au 8e RPIMa , habite Castres et parle avec beaucoup d'émotion de l'artiste.

 

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30 avril 2019

Balavoine, l'antisystème.

M Le Magazine du Monde
samedi 10 novembre 2018 

L'olympia

Balavoine, l'antisystème.

balavoinemagazineM

"Le Monde" propose une collection de sept albums live captés, entre 1964 et 1995, dans la célèbre salle parisienne. Cette semaine, place au chanteur révolté.

Quand il entre en scène à l'Olympia le 12 mars 1981, Daniel Balavoine est auréolé d'une double couronne : celle de champion des ventes après avoir écoulé 800 000 exemplaires du disque Le Chanteur en 1978 et 500 000 d' Un autre monde en 1980; et celle de " porte-parole de la jeunesse " depuis son intervention sur Antenne 2 au côté de François Mitterrand, le 19 mars 1980. Convié par le premier secrétaire du Parti socialiste, Balavoine se fâche et adresse un " avertissement " à la classe politique : " La jeunesse se désespère, elle ne croit plus dans la politique française, le désespoir devient mobilisateur, à ce moment-là , il devient dangereux, il génère le terrorisme, la bande à Baader... Les jeunes vont virer du mauvais côté parce qu'ils n'auront plus d'autre solution. "

Daniel Balavoine est un fils de bourgeois doté d'une voix haut perchée. Cheveux mi--longs avec une frange, il porte blouson de cuir, jean et boots. Révolté, engagé, mais pas casseur, il soutiendra bientôt Coluche à l'élection présidentielle de 1981. Il dit qu'il ne fait pas de " variétés comme Michel Sardou ", mais il est le bien-aimé du public familial du dimanche. Il crée ainsi une sorte de quiproquo. D'abord protégé du disco-romantique Patrick Juvet, il a aussi pratiqué le rock alternatif. Par conséquent, il inscrit au répertoire de l'Olympia sa Lady Marlène, drôle de chanson issue d'un disque concept, Les Aventures de Simon et Gunther... Paru en 1977, rock et symphonique, l'album est écrit après un voyage en Pologne. Simon Stein, le héros, tente de franchir le mur de Berlin pour y rejoindre une certaine Lady Marlène, mais est abattu par " les hommes en vert ", la police russe.

L'Olympia de Balavoine met en lumière les sujets de société sur lesquels le chanteur écrit, dont un imparable Mon fils, ma bataille, inspiré du divorce de son guitariste et ami Colin Swinburne. Au programme, il y a forcément Quand on arrive en ville, extrait de la comédie musicale Starmania, oeuvre de son ami Michel Berger et de Luc Plamondon, où il est embauché dans le rôle de Johnny Rockfort en 1978. Le récital se clôt avec Je ne suis pas un héros, chanson écrite pour Johnny Hallyday, qui l'a enregistrée en 1980 sur À partir de maintenant, un album passé inaperçu. L'interprétation de Balavoine s'appuie sur sa tessiture vocale, large et aérienne. Vêtu d'une veste du style bleu de travail, pompiste, Balavoine en donne à l'Olympia une excellente version, très pop années 1980, préfigurant les tubes de Début de Soirée ou de Rose Laurens.

À l'époque, et jusqu'à sa mort au Mali en 1986, Balavoine a appartenu à l'écurie Barclay, maison dirigée par le nabab du show-business français, Eddie Barclay, qu'il n'aime pas. Eddie le lui rend bien, pensant tout haut que le chanteur est " trop enveloppé ", donc moche. Balavoine, qui détestait le star-système, s'inspire de J'me voyais déjà, de Charles Aznavour, pour composer Le Chanteur, une sorte de farce, chantée ici au milieu du spectacle : " Et partout dans la rue, j'veux qu'on parle de moi/Que les filles soient nues, qu'elles se jettent sur moi/Qu'elles m'admirent, qu'elles me tuent/Qu'elles s'arrachent ma vertu. " Dont acte.

par Véronique Mortaigne

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27 avril 2019

Catherine Ferry, l'ancienne compagne de Balavoine, revient sur ses souvenirs avec la star (La Voix du Nord 12/01/2016)

 

PIERRE-ANTOINE CRISTANTE

Ce jeudi, on commémorera les trente ans de la disparition de Daniel Balavoine. Dans tous les reportages télévisés en hommage à l'artiste, on retrouve souvent Catherine Ferry. Cette star des annnées 70, qui a partagé la vie de l'artiste pendant 4 ans, vit désormais à Boulogne. Rencontre. Catherine Ferry a joué un grand rôle dans le début de carrière de Daniel Balavoine. Qui n'a pas manqué de lui venir en aide quand ça n'allait pas.

« Ça fait 26 ans que je suis à Boulogne. J'ai eu ma fille. J'ai coupé de tout ça. » Catherine Ferry, 62 ans, ancienne star des années 70, vit quasiment comme une anonyme. Pourtant, depuis 1986, elle est sollicitée tous les 10 ans, pour commémorer la mort de Daniel Balavoine, dont elle a partagé la vie pendant quatre ans. Qu'elle le veuille ou non, sa carrière est associée à celle de l'artiste décédé. Pourtant, bien avant le succès du chanteur, Catherine Ferry a eu son propre succès.

Balavoine et elle s'installent ensemble en 1974, dans un appartement face au Palais des sports, à Paris. À chaque fois que c'est possible, elle impose Balavoine, qui la connaît par coeur, à ses collaborateurs. « C'était mon double. Lui seul connaissait la tonalité de ma voix », raconte Catherine Ferry.

Eurovision et Drucker

En 1976, elle est choisie pour représenter la France à l'Eurovision, après avoir remporté le concours de la chanson française. « À cette époque, c'était dingue. On allait chez Drucker pour faire la promotion. C'était une porte énorme. » Elle passe tout près de la victoire et termine deuxième. Si les médias français la boudent, on ne peut pas en dire autant des télévisions étrangères. « D'un côté, ça m'a permis de me défaire de l'étiquette Eurovision en France », commente la chanteuse.

Le couple Balavoine-Ferry se sépare en 1977. Alors que le jeune chanteur signe chez Barclay pour trois albums, Catherine Ferry se retrouve coincée dans la même maison de disques, qui la considère à peine. Malgré la rupture,les deux acolytes se retrouvent en 1981, à la Warner. « Quand il a vu que ça n'allait pas, il m'a aidé. On a travaillé ensemble jusqu'à la fin. » La fin et ce tragique accident d'hélicoptère sur le Paris-Dakar. « J'ai appris la nouvelle avant les autres. Les médias m'ont sollicitée, je me suis enfui. À partir de là, tout s'est arrêté. Ils m'ont enterré en même temps que Balavoine. »

Photo Guy Drollet

« Aujourd'hui, tout se passe sur Ie net »

La musique, Catherine Ferry ne l'a pas totalement abandonnée. Même si elle aurait souhaité s'y remettre plus tôt. « En 2000, quand j'ai voulu reprendre, on m'a fait comprendre que je n'aurais jamais dû arrêter. » Une déception pour elle, mais surtout pour ses fans, encore nombreux à la suivre sur les réseaux sociaux. « Aujourd'hui, tout se passe sur le net en ce qui me concerne. » Des chansons, elle en a sous le coude, puisqu'elle n'a pas cessé d'enregistrer chez elle, à Boulogne. Loin des albums hommages pour la mort de Balavoine, Catherine Ferry sortira aujourd'hui ou demain son hommage personnel sur Internet. Elle a décidé de s'entourer de John Woolloff, l'ancien guitariste de Balavoine, pour réenregistrer sa chanson Ce matin, qui avait été écrite par son ancien compagnon.

Ses anecdotes sur Balavoine

Catherine Ferry est souvent présentée comme « la première femme de la vie » de Balavoine. C'est en 1971 qu'ils se rencontrent pour la première fois. Catherine Ferry est invitée par des amis musiciens à aller voir jouer le groupe « Présence », qui a recruté un jeune chanteur, à la voix particulière. « J'ai craqué dès que je l'ai entendu », se souvient Catherine Ferry. Sa route, elle la recroisera en 1974, lorsqu'elle interprète un de ses textes lors d'une audition. « On sortait tous les deux d'un divorce. S'installer ensemble s'est fait naturellement. »

De leur vie commune, Catherine Ferry se souvient de quelques coups de gueule de Daniel Balavoine, si caractéristiques du chanteur. « Une fois, on est invité chez Drucker. On attend tout l'après-midi pour l'enregistrement. Et là, une célébrité de l'époque passe devant nous et enregistre directement. Daniel, qui est inconnu à l'époque, fonce sur l'animateur et l'engueule comme jamais ! Il avait horreur de l'injustice. »

Autre souvenir, juste avant son départ pour le Paris-Dakar, en 1986. « On devait enregistrer dès son retour, le 17 janvier. Et je n'avais toujours pas mes textes. Quand j'apprends qu'il part, je lui rappelle qu'il doit écrire ma chanson. Et là, il me répond : Fais pas chier, je cogiterai dans l'avion ! Il écrivait toujours à la dernière minute. C'est ce qu'il a fait avec Le Chanteur. »

« Aujourd'hui, tout se passe sur le net »

La musique, Catherine Ferry ne l'a pas totalement abandonnée. Même si elle aurait souhaité s'y remettre plus tôt. « En 2000, quand j'ai voulu reprendre, on m'a fait comprendre que je n'aurais jamais dû arrêter. » Une déception pour elle, mais surtout pour ses fans, encore nombreux à la suivre sur les réseaux sociaux, notamment sur sa page Facebook. « Aujourd'hui, tout se passe sur le net en ce qui me concerne. » Des chansons, elle en a sous le coude, puisqu'elle n'a pas cessé d'enregistrer chez elle, à Boulogne. Loin des albums hommages pour la mort de Balavoine, Catherine Ferry sortira ce mercredi ou jeudi son hommage personnel sur Internet. Elle a décidé de s'entourer de John Woolloff, qui fut le guitariste de Balavoine, pour réenregistrer sa chanson Ce matin, qui avait été écrite par son ancien compagnon.

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23 avril 2019

Daniel Balavoine éminent rockeur de Cendrillon

Sud Ouest
Dax ~ Sud-Landes
vendredi 15 janvier 2016

Dax Agglo

balavoine1962

OLIVIER BONNEFON

Toute la France a quelque chose de Daniel Balavoine. La déferlante d'hommages et d'images, repris en boucle ces derniers jours dans les médias, a quelque chose de stupéfiant, trente ans après la mort accidentelle de l'artiste au grand coeur. Toujours aussi populaire, Balavoine est revendiqué à Alençon, où il est né en 1952, à Biarritz, où il repose depuis 1986, en passant par Pau ou Saint-Sever. Mais qui sait qu'il était aussi un peu Dacquois ?

En 1982, pour la cultissime émission télé " Les Enfants du rock ", diffusée sur Antenne 2 le samedi soir, le chanteur a tenu à revenir en personne se faire filmer à l'Institution Notre-Dame-du-Sacré-Coeur, alors plus connue comme le collège Cendrillon. Lors de l'année scolaire 1962-1963, il y avait en effet été interne et même scout de France !

Amnestie pour les collés

Devenu, au tournant des années 2000, le groupe scolaire Saint-Jacques-de-Compostelle, le lieu qui occupe encore plusieurs hectares sur les hauteurs du quartier de la Torte n'a guère cultivé jusqu'à aujourd'hui la nostalgie pour l'interprète de " L'Aziza " ou de " Sauver l'amour ". Seul un poster encadré de Daniel Balavoine a été posé l'an dernier dans la salle de musique par les élèves de Jérôme Okresik, professeur d'éducation musicale.

Romain Daubal, aujourd'hui artisan, était élève en classe de cinquième ou quatrième en 1982. Il n'a rien oublié de sa rencontre éphémère avec Daniel Balavoine. " J'avais 12 ou 13 ans. Un jour, on a vu l'équipe d'Antenne 2 débarquer. Ils sont restés près d'une semaine à filmer des séquences. Le collège Cendrillon était particulièrement réputé à l'époque pour sa sévérité. Chaque mercredi après-midi, nous étions des dizaines d'élèves collés. Ce jour-là, j'en faisais partie quand Daniel Balavoine est arrivé. Il a chanté dans le grand dortoir de 50 places. Il a donné une interview devant l'entrée. On l'a découvert dans la grande cour d'honneur. Il partageait un café avec le supérieur de l'époque, l'abbé Bernadet. Balavoine nous a dit en rigolant que le café était imbuvable et a négocié avec l'abbé Bernardet, qui était un homme juste et très humain, l'amnistie générale pour tous les collés. Quand on l'a appris, on a explosé de joie. "

Le réalisateur a alors demandé aux écoliers et collégiens de courir remercier Daniel Balavoine. Jeune professeur de lettres à l'époque, Gérard Lavayssière a assisté à cette scène gardée au montage. " Il fallait voir la joie de Daniel Balavoine. Il était heureux de revenir dans cet endroit. Le réalisateur a filmé des heures et des heures. " L'abbé Henry Durquéty, alors professeur de français lui aussi, avait témoigné, installé sur les marches du grand escalier, devant le portrait de Monseigneur Paul Lahargou, fondateur de Cendrillon.

" J'enseignais aux grands du lycée. En 1962-1963, Daniel Balavoine était en sixième ou en cinquième, tout au plus. J'avais néanmoins remarqué déjà son joli timbre de voix lors de la sortie de fin d'année à Saint-Sébastien ", témoigne le retraité.

" Une tronche de cake "

" J'étais déjà à part des autres. De petite taille, avec une sacrée tronche de cake ", se décrit l'intéressé en regardant sa photo de classe. Une confidence glanée au fil de la bande-vidéo délavée de l'émission, que l'on peut encore visionner sur Internet. " C'est casse bonbon les souvenirs d'enfance. J'ai appris les mêmes choses que tout le monde. Et j'ai laissé ce qui ne me plaisait pas ", ajoute Daniel Balavoine. Bernard Dufau, aujourd'hui vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie des Landes, était dans la même classe que Daniel Balavoine, lors de cette mémorable année 1962-1963. " Le règlement disciplinaire était rude. Il n'avait pas changé depuis la fin du XIXe siècle. Daniel Balavoine n'était pas encore chanteur, ni rockeur. Il se singularisait en revanche par son tempérament très turbulent et farceur. Je me souviens d'une anecdote assez drôle. Pour tomber malade et rentrer chez lui, il essayait tous les trucs, plus ou moins bidons. Se glisser des peaux d'orange dans les chaussettes pour faire monter la fièvre et même marcher pieds nus dans les flaques d'eau glacées, dans la cour de récré. Jamais il n'est tombé malade ! "

Gérard Lavayssière a été fier, quand il a vu émerger le chanteur. " Son passage chez les curés comme il disait, l'avait un peu fâché avec Dieu, en apparence. Mais toute sa vie a été engagée pour faire bouger les choses, servir les autres. Et il est même mort en mission, alors qu'il voulait construire des puits dans le désert. " Professeur de musique, Jérôme Okresik apprend aujourd'hui aux élèves dacquois le tube " Je ne suis pas un héros ", en souvenir de leur illustre ancien.

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15 avril 2019

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30 mars 2019

«Balavoine, le concert de ma vie»

Le Journal de Saône et Loire 
15 janvier 2011 

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En 1978, « Le chanteur » et le fameux Henri ne m'avaient pas attirée plus que ça. En 1980, à 10 ans, « Mon fils, ma bataille » ne me concernait pas. Il m'a fallu attendre le 33 tours « Vendeur de larmes » et le titre « Vivre ou survivre » et surtout « Loin des yeux de l'Occident » en 1983 pour tomber raide fan de Balavoine.

Une fan qui ne reculait devant rien : collection de magazines, adhésion au fan-club, courriers clamant mon admiration et réclamant des photos dédicacées - que j'ai obtenues pour ma plus grande fierté. Le chanteur à messages, celui qui avait osé défier le président Mitterrand à la télé, le porte-parole des différences, SOS racisme, Action écoles... De quoi éveiller la conscience politique de n'importe quel adolescent !

19 avril 1984

Alors quand j'ai su que mon chanteur préféré était annoncé sur la scène de ce que ce que l'on appelait à l'époque « centre d'action culturelle » à Mâcon, je n'en ai pas cru mes oreilles ! Un si grand artiste dans une si petite ville, impensable ! Le19 avril 1984, j'ai donc pris place dans cette salle d'environ 600 personnes où l'on ne peut être qu'assis. Une disposition qui n'a pas duré longtemps, Balavoine n'ayant cessé d'exhorter son public à se lever. Persiennes descendues en fond de scène, fumigènes de rigueur, musiciens prêts à tout donner... instant magique quand Balavoine est apparu. Le bonhomme, tout en rondeurs, vêtu d'un costume blanc mi-Mao, mi-kimono et de chaussons de danse, n'a cessé de bondir, de courir, de parcourir la scène en long, en large, en travers. « Revolucion », « Vidéo série noire », « La vie ne m'apprend rien »... Balavoine les a toutes faites.

Stililop

Je me souviens précisément de « Frappe avec ta tête », chanson dédiée à l'écrivain argentin Miguel Estrella, mimée avec violence par le chanteur qui frappait littéralement les paroles avec sa tête. Et j'ai une émotion particulière en me remémorant le moment particulier venu ponctuer la chanson « Pour la femme veuve qui s'éveille ». Balavoine a entraîné la salle à reprendre en coeur les paroles, je cite : « Stililop, stililop, stililop, ohohoh ». D'abord à droite, puis à gauche, pour finir en canon. Finir est un bien grand mot. Car lorsque le public, exténué, pensait en avoir terminé avec les fameux « stililop », Balavoine, farceur, en remettait une couche. Avec de grands mouvements de bras, pour terminer le poing levé, il a réitéré l'opération cinq fois, dix fois, quinze fois. Inoubliable !

14 janvier 1986

J'ai bien sûr, comme un grand nombre de Français, suivi Balavoine sur les traces de l'Aziza et de l'album « Sauver l'amour ». Toujours fan !

Je m'en souviens. C'était un mercredi. Le 15 janvier 1986. Pas d'école. Une radio branchée sur Europe 1 : « Balavoineest mort ». Un accident d'hélicoptère survenu la veille sur le Paris-Dakar. Le coup de massue. Le chagrin. Les larmes. La révolte. « Partir avant les miens », une prémonition. Mais pas une bonne idée.

Plus tard, j'ai insisté pour aller à Biarritz où Balavoine est enterré. Aujourd'hui, j'écoute encore ses disques. Mes enfants aussi. Et je me suis toujours félicitée de l'avoir vu sur scène. Au moins une fois.

 

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23 mars 2019

«Avec Daniel, c'est une partie de moi qui est partie!» ( Nord Littoral mercredi 13 janvier 2016)

 

Un point commun existe entre Daniel Balavoine et Boulogne-sur-Mer. Un lien qui se prénomme Catherine et qui a pour nom Ferry. Les plus anciens et les fans du concours de l'Eurovision se souviendront sûrement que Catherine Ferry avait défendu les couleurs de la France en 1976. La chanteuse avait terminé à une brillante deuxième place. Un choeur l'accompagnait parmi lequel se trouvait un certain Daniel Balavoine. Celui qui allait perdre la vie le 14 janvier 1986 et celle qui allait rencontrer un Boulonnais en 1990 ont partagé un moment de leur existence. À l'occasion du 30e anniversaire de la disparition de Daniel Balavoine, Catherine Ferry, devenue Boulonnaise à part entière, a bien voulu nous accorder une interview. Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre avec Daniel Balavoine? C'était au début des années 70 en région parisienne. Il faut savoir que mon père était batteur dans un groupe de jazz et que j'ai toujours baigné dans l'univers de la musique. Je sortais beaucoup à l'époque pour assister à différents concerts. Un jour, des amis m'ont dit qu'il y avait un nouveau chanteur dans leur groupe. Je suis allée le voir chanter. Il s'appelait Daniel Balavoine et arrivait tout droit du Pays Basque. En fait, il vivait chez sa mère, à Ivry-sur-Seine, la ville où j'habitais à l'époque. Lors de cette rencontre, était-ce la première fois que vous l'entendiez chanter? Oui, tout à fait. Je suis restée émerveillée par sa voix. C'était quelque chose de haut perché et à la fois très rock'n'roll. Cette voix propre à Daniel Balavoine n'a pas plu à ses débuts. Sans le connaître, j'ai eu un premier déclic pour cet artiste. À l'issue du concert, on a échangé deux ou trois mots. Un déclic... puis une aventure amoureuse? Par la suite, on s'est perdus de vue. On s'est mariés et nous avons divorcé très jeunes, chacun de notre côté. Il avait sa vie, j'avais la mienne. Un jour, en 1974, j'ai passé une audition avec Aldo Martinez, le bassiste des Chaussettes Noires (le groupe des débuts d'Eddy Mitchell). J'avais choisi un titre de Daniel Balavoine «Couleur d'automne». À l'époque, il n'était pas encore connu du grand public. Aldo a convoqué Daniel pour lui dire qu'une fille avait choisi l'une de ses chansons. C'est donc en 1974 que nos chemins se sont de nouveau croisés. Vous avez connu une histoire d'amour avec Daniel Balavoine... Oui, à partir de cette année 1974. Puis, on s'est quittés fin septembre 1977 (Catherine Ferry n'en dira pas plus). Entre temps, il y a eu cette formidable épopée du concours de l'Eurovision. Daniel était d'ailleurs à vos côtés? Oui, il faisait partie des choeurs, au même titre que son frère et ses musiciens de l'époque. Nous n'étions pas très chauds pour participer à ce concours de l'Eurovision, ce n'était pas notre style. Aldo Martinez nous a poussés à le faire en prétextant que ça allait booster nos carrières. Sur la face B du 45 tours sorti à l'occasion de «Un, Deux, Trois» (le titre avec lequel Catherine Ferry terminera 2e), j'ai imposé «Petit Jean», un titre écrit et composé par Daniel. Daniel Balavoine n'a pas connu le succès immédiat. Que pensiez-vous de lui à cette époque? Il avait enregistré deux albums chez Barclay qui n'ont pas marché. Le deuxième opus, c'était quelque chose d'incroyable pour l'époque. Une histoire continue sur le mur de Berlin. C'était risqué et il s'est planté. Il va connaître l'aventure de Starmania, ses premiers succès, puis il va sortir un 3e album, celui de la dernière chance. Un disque qui comportera surtout «Le chanteur», qui va lancer la carrière de Daniel. À ce moment là, quelle est votre relation avec Daniel Balavoine? Après notre séparation, en 1977, nous sommes restés en froid pendant deux ans. Nos chemins se croisent de nouveau au début des années 80, j'avais un dernier album à sortir chez Barclay. Il m'a dit: on va travailler ensemble. À partir de ce moment, il m'a fait signer chez Warner et a composé plusieurs titres. C'est lui qui a écrit et composé mon dernier album en 1984. Où étiez-vous au moment de sa mort et quel souvenir gardez-vous de ce moment précis où vous apprenez le décès de Daniel Balavoine? J'étais chez moi, une amie travaillant dans un groupe de presse m'a appelée pour me dire qu'un accident venait de se produire sur le Dakar et qu'il y avait cinq victimes dont Daniel Balavoine. Sur le coup, je n'ai pas cru à cette nouvelle, je lui ai raccroché au nez. Puis, en allumant la télévision, j'ai dû me rendre à l'évidence. Qu'avez-vous ressenti? À ce moment là, tout s'écroule autour de vous. C'est la perte d'un auteur-compositeur, mais surtout celle d'un ami. C'est une partie de moi qui est partie avec Daniel. À cause de ce 30e anniversaire de la disparition de Daniel Balavoine, vous êtes fréquemment sollicitée pour évoquer sa mémoire. Est-ce un besoin? Parfois, je pense qu'il faudrait mettre un point final à tout cela. On assiste en ce moment à de multiples reprises des chansons de Daniel, c'est souvent un massacre. C'est un artiste qui n'est pas facile à chanter. Mais ce 30e anniversaire revêt un caractère important à mes yeux. Sur la dernière compilation sortie le 11 décembre dernier, trois inédits sont proposés. Pas n'importe lesquels puisque ce sont trois titres que Daniel avait écrits et composés pour moi en 1984. Si vous ne deviez retenir qu'une seule chanson de Daniel Balavoine, vous choisiriez laquelle? C'est une question à laquelle il n'est pas facile de répondre. Mais sans hésiter, je choisis «L'enfant assis attend la pluie». J'aurais pu également citer «Lucie», c'est également le prénom de ma fille qui, âgée de 25 ans, est née à Boulogne-sur-Mer. Propos recueillis par Gauthier BYHET

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21 mars 2019

Claire Balavoine « Daniel n'aimait pas le star-système » (Le Parisien, 30/12/2015)

 

Propos recueillis par Éric Bureau

Claire Balavoine nous raconte son frère, disparu il y a trente ans, à l'occasion d'un très beau documentaire.

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Trente ans après sa disparition, elle parle toujours de son « petit frère » au présent. Claire Balavoine était la grande soeur de Daniel Balavoine, de neuf ans son aînée. La plus proche aussi dans une fratrie de sept. Depuis la mort du chanteur, le 14 janvier 1986, elle prolonge son engagement humanitaire en présidant et animant l'Association Daniel Balavoine*, qui aide au développement agricole et scolaire au Mali. Elle témoigne dans le poignant documentaire de Didier Varrod et Nicolas Maupied, « J'me présente, je m'appelle Daniel », diffusé ce soir à 20 h 50 sur France 3. Rencontre. En sortant de la projection privée du documentaire, vous sembliez émue ? CLAIRE BALAVOINE . Bien plus qu'émue ! Je suis toujours bouleversée par ce petit... Quand Daniel parle, chante ou gueule, quand j'entends sa voix, je suis complètement secouée. Elle avait une douce violence. Plus le temps passe et plus je me rends compte combien nous étions proches, en fusion. Pourquoi ? Nous avions une souffrance identique. Dans la famille, Daniel a longtemps cru qu'il n'avait pas été désiré pour lui-même mais pour « remplacer » un frère disparu (Xavier, né en 1949 et décédé à 14 mois d'une méningite). Cela l'a longtemps habité. Quand on ne trouve pas sa place dans la famille, il est difficile de trouver sa place ailleurs. Soit on en meurt, soit on est solide. C'est heureusement notre cas. Enfant, il aimait déjà la musique ? Il y avait beaucoup de musique à la maison, notre mère était une vraie portée musicale. Nos frères, Yves, Guy et Bernard, chantaient souvent ensemble, mais sans Daniel : « T'es trop petit. » Alors lui s'enfermait dans les toilettes avec des bottins et se mettait à chanter à tue-tête et à faire de la batterie. Il avait 5-6 ans mais avait déjà du coffre. Avec ma mère, on se régalait. Il avait déjà trouvé sa voix, sa voie. Dans le documentaire, vous évoquez l'homme qui aimait les femmes... Qui aimait la femme. Il l'a chanté énormément et ardemment, comme dans « Soulève-moi », l'une des plus belles chansons que je connaisse sur la femme et la société. Disons qu'il avait une conscience puissante de la femme, peut-être liée à notre mère. Il y avait les officielles, Dominique, la seule qu'il ait épousée, Catherine Ferry, Linda, en Belgique, Corinne, la maman de Jérémie et Joana... Et les autres, croisées sur la route.

Un documentaire poignant Qu'aurait dit Daniel Balavoine après les attentats de « Charlie Hebdo », du Bataclan ? Qu'aurait-il fait pour les migrants ? Quels messages porterait-il aujourd'hui ? Tant de questions assaillent après avoir regardé « Je m'présente, je m'appelle Daniel », le riche et poignant documentaire que lui consacrent Didier Varrod et Nicolas Maupied, pour le trentième anniversaire de la mort du chanteur. Daniel Balavoine manque cruellement. Ses chansons lui ont survécu, « Tous les cris les SOS », « Mon fils, ma bataille », « Sauver l'amour »...On sort ému de cet hommage dans lequel le journaliste Didier Varrod, qui avait rencontré huit fois Daniel Balavoine avant sa disparition, a notamment convaincu Joana de parler pour la première fois de son père, parti cinq mois avant sa naissance. « C'est fou de voir autant de respect, autant d'amour. Le fait de comprendre qu'on n'a pas de papa, c'est difficile, mais de l'avoir lui, c'est quand même une chance », dit-elle.

Et l'engagement politique ? Avant de se lancer dans la musique, il se destinait à Sciences-po. Mais il était trop lucide pour se présenter en politique. Il le dit dans « La vie ne m'apprend rien ». Sa manière de faire de la politique, c'était de soutenir SOS Racisme, de verser une partie des recettes de ses concerts à l'Unicef, de chanter dans les prisons sans alerter les médias. Il n'aimait pas dénoncer, il préférait agir. Il y a l'image du chanteur qui serre les poings. Mais il était aussi joyeux, drôle. En répétition, pour se chauffer la voix sur « l'Aziza », il chantait « la Pizza, aux fromages ou aux anchois »... Il ne s'est jamais pris au sérieux. Il était heureux du succès dans la mesure où cela lui permettait d'être mieux dans sa peau et de s'investir dans les causes qui lui tenaient à coeur. Mais il n'aimait pas le star-système, l'idolâtrie. Il était très gêné qu'on lui ouvre les portes. Cela lui faisait peur. Vous avez déclaré une fois que votre frère envisageait d'arrêter de chanter. Mes propos ont été déformés. Je n'ai jamais dit qu'il voulait arrêter. Il en avait juste ras-le-bol du comportement de certains fans en France, il voulait avoir la paix, prendre ses distances avec un star-système qu'il n'aimait pas. Il voulait se fondre dans un groupe et avait prévu de partir travailler en Angleterre. Mais le 14 janvier 1986, il monte à bord d'un hélicoptère au Mali. Lui qui détestait l'avion... C'est terrible qu'un garçon aussi audacieux, puissant, en avance, n'ait pas osé dire non. Pourquoi avez-vous créé l'Association Daniel Balavoine peu après sa disparition ? Nous l'avons créée avec mes frères et soeur à la demande du public de Daniel. Nous recevions tellement de lettres qui nous disaient « ses idées sont les nôtres » et nous demandaient comment prolonger son action. C'était aussi une réaction à ce que nous avait dit le show-biz et qui nous avait choqué : « Dans trois mois, il sera oublié. » Trente ans plus tard, des milliers et des milliers de personnes continuent de s'investir avec nous. Nous avons installé 32 motopompes dans 23 villages du Mali. Et malgré les guerres, les conflits interethniques, les jihadistes, elles n'ont jamais été volées ou détruites.* Association Daniel Balavoine ; 4, rue du Département, 75019 Paris

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