Cyril Neveu revient sur la mort de Daniel Balavoine (La République du Centre)

L'Orléanais Cyril Neveu revient sur la mort de Daniel Balavoine
« Daniel Balavoine était un garçon au grand cœur », témoigne Cyril Neveu. « Il appréciait l’esprit humanitaire du rallye ». Après sa mort, l’Orléanais a continué de récolter des fonds pour financer pour des puits. © Photo AFP
Le motard orléanais, Cyril Neveu, cinq fois vainqueur du rallye africain, a vécu le drame du 14 janvier 1986 de l’intérieur de la course. Il se souvient.

Il n'a rien oublié de ce 14 janvier 1986. Ce jour-là, dans la nuit malienne, l'Orléanais Cyril Neveu, leader du Dakar, rejoint le bivouac près de Gourma. « J'étais fatigué par une journée de dingue. Dans la soirée, nous avons appris qu'un hélicoptère était tombé à une cinquantaine de kilomètres du camp. À l'époque, les moyens de communication n'étaient pas terribles, nous n'avions que des bribes d'informations. La confirmation n'est venue que dans la nuit. »

Dans le crash de l'hélicoptère, cinq vies brisées : Thierry Sabine l'organisateur du rallye Paris - Dakar, le chanteur Daniel Balavoine et trois autres victimes. « Ça a été la stupeur, se souvient Cyril Neveu, 59 ans. J'appréciais Thierry Sabine ; Daniel Balavoine était un ami. Ma première réaction a été de ne plus vouloir reprendre la course. » Quitter l'Afrique et son rallye ; ne plus avaler les kilomètres de dunes sur sa Honda. « Le lendemain, l'étape a été neutralisée. La femme de Thierry Sabine et son père sont venus me voir pour me demander de continuer. Honda, de son côté, m'a fait comprendre qu'il était préférable que je finisse l'épreuve. »

Il a finalement poursuivi sa route. « Il est possible qu'en ne repartant pas, j'aurais déclenché un séisme d'abandons. » La voix de Cyril Neveu comptait ; il était l'un des patrons du bivouac. « La suite du rallye n'a pas été simple, la concentration est devenue difficile. » Sa victoire, la quatrième, « a eu un goût amer. Elle n'a pas été valorisée. Elle est passée à la trappe, mais ce n'était pas le plus important. »

Cette année-là, Cyril Neveu a surtout pleuré la disparition de deux amis, de deux amoureux de l'Afrique. « Daniel Balavoine était un garçon avec un grand coeur, il appréciait l'esprit humanitaire du rallye. Tout comme moi, il avait un fort caractère. C'est sans doute la raison pour laquelle nous nous entendions bien. Il admirait les motards sur l'épreuve. »

Parce que cette amitié entre les deux hommes s'est nourrie de la terre africaine, Cyril Neveu s'est investi, après le décès du chanteur, dans la Fondation Balavoine. « Pendant une dizaine d'années, j'ai récolté des fonds pour la construction de puits en Afrique. »

« Cet accident vient d'une inconscience totale »

Trente années ont passé, le souvenir demeure. « Surtout quand le Dakar s'élance en janvier ». Et lorsque les images de l'édition 1986 lui reviennent, un même constat. « Cet accident vient d'une inconscience totale. Le pilote de l'hélicoptère ne voulait pas repartir ( il faisait nuit, un vent de sable se levait). Thierry Sabine a insisté lourdement, rappelle le motard orléanais, aujourd'hui, responsable du parc d'aventures à l'île Charlemagne. Il ne voulait pas laisser ses ouailles seules au bivouac. »

Ce 14 janvier 1986, il les a définitivement quittés.

Nicolas Da Cunha