Daniel Balavoine, c'était comme mon fils (Télé 7 jours, 1989)
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"Daniel, je le considérais comme mon fils », dit Léo Missir, l'homme qui lui a donné sa première chance, en 1976. « A l'époque, j'étais directeur général de toutes les productions artistiques des disques Barclay. Un jour, Florence Albouker me fait écouter l'album que Patrick Juvet venait d'enregistrer à Londres. Au milieu du disque, j'entends une chanson superbe qui n'était pas chantée par Patrick Juvet. Ce qui m'avait frappé surtout, c'était le timbre de voix du chanteur, la beauté de la mélodie. C'était Daniel qui était, à l'époque, l'un des choristes de Patrick Juvet. Florence m'avait averti : « Ce garçon a beaucoup de personnalité et de caractère, il sait ce qu'il veut ». 48 heures après, Léo voit entrer dans son bureau un garçon aux cheveux longs, l'air bougon et sûr de lui : « Je lui dis que j'aimerais que nous travaillions ensemble. « D'accord, me répond-il, à condition d'une part que j'enregistre tout de suite sur 30 cm, et d'autre part, que vous me laissiez libre du choix de mes musiciens et du preneur de son ». Je n'ai pas hésité une seconde. Pourtant, à l'époque, la coutume était de tester d'abord le nouveau chanteur en lui faisant faire simplement un 45 tours. »
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Dès le début, Daniel choisit de faire appel comme preneur de son, à Andy Scott qui a réalisé tous ses disques sans exception jusqu'au dernier. « Daniel était l'homme le plus fidèle que j'aie jamais connu. Nous parlions le même langage, celui des musiciens. Je suis pianiste de formation. Dès le départ, Daniel m'avait expliqué qu'il v lait faire de la bonne chanson populaire avec des mots qui sonnaient fort, des sujets qui lui tenaient à cœur. Pour lui, tout tournait autour de l'amour, pas seulement l'amour entre un homme et une femme, mais surtout de l'amour du prochain. Il a toujours eu à cœur de lutter contre l'injustice, que ce soit le racisme ou la pauvreté. Avec lui, mon rôle ne se bornait plus à permettre à l'artiste d'exister, je suis aussi devenu comme un deuxième père. Il venait souvent dîner à la maison où il a même habité un temps avant de rencontrer Corinne, sa femme. » Léo a même rangé les clichés de Daniel avec toutes ses photos de famille.
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« Comme un fils, il menait sa vie de fils ! Il avait ses copains, Berger, Goldman et les autres, que je ne connaissais pas. Ensuite avec Corinne, il avait sa vie de famille. C'est à ce moment-là qu'il a le plus changé.
Lui qui n'aimait pas les mômes, qui ne supportait pas qu'un enfant pleurniche, n'arrêtait pas de parler de Jérémie, de sortir de son portefeuille sa photo pour le faire admirer. Avant, il était en révolte contre la misère de la terre. Le jour où son fils est né, il s'est dit : « Pour moi, je ne peux rien changer, mais pour mon fils, je dois me lancer dans la bagarre pour que le monde devienne meilleur. » Dès le début, Daniel avait programmé sa carrière. Il disait à Léo : « C'est dangereux de faire un tube au début. Il faut commencer à vendre petit pour faire une vraie et longue carrière. » Moi, dès la sortie de son premier album, « De vous à elle en passant par moi », je lui ai prédit que le deuxième se vendrait à plus de 300 000 exemplaires. Si j'avais raison, je coupais ma barbichette vieille de vingt ans, qui, trouvait-il, me vieillissait, sinon je la gardais. Il a bien fallu que je la coupe car « Le Chanteur » s'est vendu à plus d'un million ! Daniel ne s'est jamais laissé étourdir par son succès. Léo se souvient du jour où il a commencé à gagner un peu d'argent : « Il adorait les belles voitures. A l'époque, j'avais une BMW. Il est venu me voir à mon bureau en me demandant : « Pensez-vous – il m'a toujours vouvoyé, moi je le tutoyais – que ça ne ferait pas prétentieux si j'achetais la même ».
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« En plus de son talent et surtout de son intelligence, il l'était réellement, quitte à se montrer parfois très mordant, j'admirais chez Daniel son amour de la vie. Il aimait bien manger, il adorait vivre. Il avait beaucoup d'humour. Chaque fois qu'il enregistrait un disque (un tous les ans et demi), nous nous retrouvions tous ensemble avec ses sept musiciens et Andy Scott pendant un mois. » Car Daniel, de même qu'il s'entourait de musiciens les plus compétents, choisissait aussi les studios les plus compétents. « Nous sommes ainsi allés enregistrer à Ibiza, à Londres et en Écosse. Nous travaillions dans la bonne humeur, au gré de notre envie. Ce qui me frappait chez Daniel, c'est qu'il ne faisait ses textes de chansons que lorsqu'il avait enregistré les play-backs. C'était le son qui le guidait. » Un an avant sa mort, Daniel avait convaincu Léo de cesser ses activités chez Barclay.
« Il est grand temps à 60 ans, me disait-il, que tu prennes du bon temps ». Il avait su me persuader. J'avais tout arrêté pour me consacrer uniquement à sa carrière. Deux ans ont passé depuis qu'il n'est plus là mais il n'y a pas un jour où je ne pense à lui... »
Isabelle CAUCHOIS Photos J.-J. Descamps.
DES MOTS QUI RÉSONNENT
Sur son dernier 33 tours, on trouve quelques-unes des chansons de Balavoine les plus profondes, montrant, comme il l'a si bien chanté, que « le français est une langue qui résonne. » Il a écrit ainsi « L'amour te porte dans tes efforts. L'amour de tout délie du secret. Et face à tous ceux qui te dévorent. Aimer est plus fort que d'être aimé... »
Dans « Un enfant assis attend la pluie » : « Et les yeux grands ouverts. Délivrés de la nuit. Je sais
que quelque part, un enfant assis attend la pluie. » Et dans « L'Aziza » : « L'Aziza ton étoile jaune c'est ta peau. Tu n'as pas le choix. Ne la porte pas comme on porte un fardeau. Ta force, c'est ton droit. Ta couleur et tes mots, tout me va. Que tu vives ici ou là-bas, danse avec moi... » Chez Barclay, l'intégrale de Balavoine, à quelques chansons près, en onze 33 tours, dix cassettes ou six disques compacts, qui permettent encore mieux d'apprécier la qualité du « son Balavoine ».
Au Club des Stars-Seghers, un livre illustré.
IL FAUDRAIT CHANGER LES HÉROS.
Il faudrait changer les héros. Dans un monde où, le plus beau reste à faire », chantait Balavoine dans « Tous les cris, les S.O.S. »...
A chaque époque, ses héros. Daniel l'est devenu avec ses cris, ses S.O.S. qui se sont tus trop tôt. Les héros, ce sont ceux en qui l'on se retrouve et surtout ceux en qui se retrouvent les plus jeunes d'entre vous. L'année dernière deux plongeurs sortis des profondeurs du « Grand Bleu » sont devenus deux héros pour toute une génération et vont continuer longtemps de l'être. Nicolas Hulot aussi qui apparaît soudain comme un héros dans une télévision où l'on préfère d'habitude « statufier » les animateurs de variétés ou les présentations de journaux télévisés. Quant à « l'ancien », le commandant Cousteau, son nouvel habit d'académicien le rend encore plus vert et il part vers de nouveaux combats. Ne manquez surtout pas sa série d'émissions sur Antenne 2 qui nous alertent sur les drames qui pourraient se jouer bientôt au Pôle Nord. Voilà un héros qu'il ne faudrait pas changer en 89.
Alain LAVILLE
LA FONDATION
La Fondation Balavoine continue l'œuvre admirable de Daniel sous l'impulsion de ses sœurs Claire et Marie-Françoise et de son frère Bernard. En organisant des fêtes et des manifestations tout au long de l'année, la Fondation recueille des sommes permettant d'envoyer des moto-pompes dans les pays où des enfants, des hommes et des femmes « assis » attendent la pluie. (Fondation Balavoine, 17, rue Saulnier 75009 Paris - Minitel 36.15 Code Bala.)
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