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L'inoubliable Daniel Balavoine

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6 septembre 2026

Le Chanteur (Paroles et musique, janvier 1987)

1978. LE CHANTEUR. Les oiseaux 1- Les oiseaux 2- France - C'est un voyou - Lucie - Le chanteur - Si je suis fou Oiseau de nuit - Le pied par terre - Des gens comme vous. (Riviera LM 90.276).


Si j'en vends 30 000 je continue, sinon j'arrête.
Telle est l'alternative ultime que se pose Daniel, lassé par les huit années de vache enragée qu'il vient de passer... et 800 000 exemplaires de ce troisième album vendus vont lui redonner bien du cœur à l'ouvrage !


Qu'est-ce qui, cette fois, a bien pu provoquer un tel enthousiasme, une popularité si soudaine ? Certes, la pochette est astucieuse et sympathique. En surface le chanteur endimanché qui a l'air de se prendre au sérieux. A l'intérieur le retour à la réalité confinée entre les murs d'une chambre de bonne. Le chanteur ne passe pas à la télé...

Mais ce n'est quand même pas la photo de ce petit brun poupon au physique banal qui a pu séduire. Pour que la maison Barclay et un professionnel tel qu'Andy Scott à la console s'en occupent, il doit bien y avoir une raison. Écoutons l'album tel qu'en lui-même. Il se résume à une première face gentille, légère et tendre, puis à une seconde à peine plus colorée en dépit de quelques sursauts. Ce disque ne semble pas révéler un style défini particulier. C'est de la variété », pas mauvaise d'ailleurs, qui par moment s'enhardit de quelques accords rock. A quoi bon essayer de se rendre savant en lui cherchant une étiquette? Le sur- vol des textes ne laisse pas non plus une grande impression. Daniel Balavoine raconte des histoires simples, avec des mots simples qu'il fait rimer a la première personne comme s'il parlait toujours de lui.

Cependant, une écoute plus attentive, fait naitre le sentiment confus qu'il se cache quelque chose. Des détails qui laissent à penser que Daniel Balavoine n'est pas uniquement une découverte de plus de la jeune chanson française, au ta- lent aléatoire. Il y a des idées, qui prennent souvent le pas sur la manière dont les exprime. Il est évident que ce jeune artiste a des points de vue qu'il tient à manifester, spécialement sur la société actuelle : "On va leur montrer qu'on peut tout changer (Les oiseaux 2). Je ne peux plus me taire» (Le pied par terre »). Son autre cheval de bataille favori étant les rapports du chanteur et de son public : « Le chanteur - Des gens comme vous.

Il y a des tentatives courageuses et originales. Utilisation adroite et abondante des claviers et des chœurs; incursion reggae avec Des gens comme vous : bruitages comme l'orage dans « Lucie par exemple. Ornements qui sont encore rares à cette époque chez ses confrères. Virtuellement, il y a une formidable énergie, un tempérament volcanique qui lui évite de larmoyer sur les thèmes réalistes qu'il traite. Au contraire, il invite à l'action positive et saine : "Vaut mieux tout recommencer / On peut pas se suicider» (« Les oiseaux 2). Il y a aussi des indices qui trahissent une plume poétique, sensible et subtile :
"Plus haut que Dieu décida de faire mourir le vent» (« Les oiseaux 1 »). II y a Les oiseaux et Lucie, sans doute les morceaux les plus réussis jusque là.
Et puis surtout il y a une voix. Cette voix si aiguë, et pourtant mélodieuse, émouvante et révoltée. Cette voix hors du commun qui choque. Cette voix cristalline qui sort de l'anonymat.


Enfin il y a « Le chanteur ». Lucide et ironique, le seul à ne pas jouer les héros, ni les victimes. Sans complaisance pour le public qui fait et défait ses idoles, ni pour lui-même qui fonce en connaissant les règles du jeu. Ce qui le rend peut-être moins vulnérable que les autres. D'ailleurs, il dira plus tard : "Les gens aiment Michael Jackson en 83, l'année prochaine ce sera un autre. Point ! C'est tout !» (Numéros 1, janvier 1984).

Daniel Balavoine - Le chanteur- bouscule les habitudes de la variété française populaire. Il n'écrit pas des mots seulement pour faire beau. II écrit Balavoine. Ce n'est pas encore parfaitement au point. Mais ce premier succès véritable est une ébauche encourageante. Une révélation méritée qui donne envie aux néophytes (c'est-à-dire presque tout le monde) d'écouter l'album précédent et d'espérer les suivants.

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1 septembre 2026

"Face amour/face amère" (Paroles et musique, janvier 1987)

1979. BALAVOINE ET CLIN D'ŒEIL. Face amour, face amère - Toi et moi Me laisse pas m'en aller Love Linda Tu me plais beaucoup - Ces petits riens - Dan- cing samedi Pauvre Bobby - Rougeagèvre. (Riviera LM 91.036).

Après la percée du Chanteur, cette quatrième production est guettée de toutes parts. Déception: elle n'est que l'évolution logique des choses, aucune surprise. L'humour du personnage est confirmé au vu de sa pochette. Son sens de la vérité aussi. Daniel Balavoine s'obstine à faire sauter le vernis. C'est l'endroit et l'envers, « Face amour, face amère ». Les hypothèses émises auparavant se précisent. Il cherche à s'imposer avec la même équipe, qui est devenue le groupe à part entière « Clin d'œil », avec les mêmes thèmes, avec les mêmes sons.

Alors, il n'y a rien de neuf ? C'est sous-estimer la créativité de l'auteur. Là encore l'apparence anodine cache l'essentiel. Cet album foi- sonne d'idées, même si elles ne sont pas toujours évidentes. Les seuls morceaux les moins enthousiasmants ne sont pas complètement de sa main.

Ainsi le texte « Toi et moi » est signe Patrick Dulphy (guitariste), celui de Drôle de galaxie Bernard Balavoine, et Pauvre Bobby résulte de la mise en commun, Daniel Balavoine étant relégué dans les chœurs. Ce qui ne signifie pas pour autant que ce dont il est seul responsable soit toujours forcément génial. Restons honnêtes.

Toutefois, Daniel Balavoine laisse à nouveau entrevoir un potentiel énorme, une personnalité qui cherche à s'affirmer mais qui, comme dans l'album Le chanteur, ne peut pas encore pleinement s'exprimer semble-t-il. Le style est de plus en plus soigné. L'écriture s'épanouit dans des structures libres, où une syntaxe sans contrainte côtoie avec aisance des allégories sensuelles : Et si j’ai de la fièvre / Je m'endors sur tes lèvres / Et je vide mes peines / En baisers salés / Me laisse pas me aller. Mais ce qui ressort davantage de cet album c'est la diversité, le dépaysement musical. Daniel Balavoine tente de définir son style, son identité à partir de ses références. L'unité du disque n'en souffre pas trop car le « fond » est tellement ancré en lui. Reste à le transcrire sans le trahir.

La première face tâtonne. Un Face amour, face amère qui s'amplifie tel un cantique. Une approche entrainante à la guitare pour Tu me plais beaucoup. Un son américain enjolive également une déjà bien séduisante « Love Linda », dont l’interprétation rappelle vaguement les negro-spirituals rajeunis par une pointe de claviers dosés à souhait. Par contre, la deuxième face se révèle plus personnelle, pimentée par quelques accents de dérision : « Dancing samedi » et « Drôle de galaxie ». Le moment décisif étant « Rougeagèvre », aboutissement du périple. Cette tranche de vie, élaborée avec un doigté subtilement fatal (du comic strip au strip comic) façon Gainsbourg, permet à Daniel Balavoine de libérer son individualité. Sur des rythmes mieux ficelés, il commence à dégager tout son punch, sa puissance créative.

Par conséquent, même si cet album ne surprend pas, il est certain que le cheminement de Daniel ne peut laisser indifférent. Il ne lui suffit plus qu'à confirmer une bonne fois pour toutes les espoirs que beaucoup placent en lui désormais.

25 août 2026

Vendeurs de larmes (Paroles et musique, janvier 1987)


Balavoine entame ce qu'il appelle un nouveau cycle. La physionomie de son équipe se modifie en fonction des apports qu'il souhaite faire intervenir. Un nouveau bassiste, un nouveau guitariste, un autre batteur venu renforcer J.-P. Batailley, et un second claviériste embarquent pour Ibiza où ce disque est enregistre Dédié à Tous ceux qui m'ont appris ce que je dis dans les textes (Comprenne qui veut)...», il se pré- sente dans la formule combinée d'un 33 tours et d'un maxi 45 tours Pas assez de place pour graver les lignes principales que Daniel Balavoine désire explorer! Le travail effectué à l'Olympia et lors de la tournée qui suivit paraît lui avoir permis de délivrer toute son énergie. La musique s'affirme. La verve est de plus en plus vive malgré la douceur de certaines tournures. Comme il l'explique dans la première chanson, la vie et l'amour qui en fait partie intégrante chez lui- est l'inspiratrice unique Pour faire un dis- que. Il suffit de savoir regarder le monde humblement. Résultat de cette observation: un encouragement à Vivre ou survivre », même si Y'a pas de bon numéro et si L'amour est triste ».


Néanmoins, cette production ne donne pas l'impression d'être une fin en sol. Bien sûr, elle contient les divers éléments mis au point au fil des disques précédents, que Daniel maitrise parfaitement maintenant Les claviers omniprésents ont définitivement donné le ton. Balavoine ne fait plus de la simple e variété. Il ne fait pas non plus du rock pur et dur. a su adopter un son moderne encore peu pratiqué en France. Mais Il est toujours en quête de nouvelles images sonores. Son inspiration franchit allégrement mers et océans D'un côté elle est attirée par les accords lancinants des guitares funk qui soutiennent Je veux de for, ou sont prétexte à l'instrumental composé par Philippe Patron, La danse». De l'autre, elle est séduite par le tempo obsédant des percussions africaines. Ces tentations pour d'autres atmosphères musicales sont ponctuées par la sirène, représentant les forces de l'ordre qui mettent à leur botte la population- Soulève-moi, et par les incantations qui introduisent Viens danser.


Même si le style évolue, dans le fond Balavoine persiste et signe. Et plutôt que de dénoncer les pouvoirs despotiques (militaires, policiers ou le pouvoir de l'argent), il revendique l'AMOUR. Pas l'amour hypocrite que vendent les chanteurs de charme [...] Juste pour nous piquer nos femmes. Mais l'amour innocent et fraternel de La fillette de l'étang. L'amour passion qui donne la force de poursuivre la route. Oh soutiens-moi / Porte-moi à bout de bras / Faire l'amour ce sert a ça/Soulève-mol / Serre-moi fort /Prends-mol au creux de ton corps /Fais pleuvoir les perles d'or. Comment résister à pareille invitation ?


A nouveau le principal est dit. Avec le recul, Daniel trouvera que cet album est touffu, dispersé alors qu'il est super bien joué. Je ne connaissais pas encore bien mes musiciens ajoute-t-il. Ce qui laisse supposer que la dernière face n'est qu'un Au revoir à Ibiza, qui saura Faire la part des choses [] Tout remettre en cause et qu'il nous prépare des surprises....

22 août 2026

Daniel Balavoine au Palais des Sports (Paroles et musique, janvier 1987)

1984. BALAVOINE AU PALAIS DES SPORTS. Lucie Les petits lolos-Supporter - La vie ne m'apprend rien - Vendeurs de larmes Poisson dans la cage - Vidéo - sé- rie noire Mon fils ma bataille- Partir avant les miens Vivre ou survivre Dieu que c'est beau - Soulève-moi-Revolución - Pour la femme veuve qui s'éveille - Le chanteur-Je ne suis pas un héros - Frappe avec ta tête. (Deux disques Riviera LM 825 122-1).


Maintenant qu'il dispose d'un répertoire solide et d'un groupe homogène, Daniel Balavoine s'offre une tournée en février 84 (prolongée en avril par le Printemps de Bourges) et le Palais des Sports en septembre. Le double. album en direct qui s'ensuit restitue fidèlement le programme du spectacle, en même temps que l'évolution de Daniel depuis trois ans. En effet, la charpente étant le dernier disque, Loin des yeux de l'Occident, Balavoine n'a retenu des albums précédents que les titres les plus significatifs. Son public est venu le voir et l'écouter chanter, donc pas de longs préambules ni d'instrumentaux excessifs sauf à la fin. Les chansons s'enchainent avec efficacité, dans la joie et la bonne humeur à en juger par la vitalité et le bonheur qui transparaissent sur les illustrations des pochettes.


La première partie regroupe des morceaux dont le lien est musical avant tout. Alors que la seconde marque une suite d'idées qui aboutissent au thème final qui lui tient à cœur: Frappe avec ta tête». Le tout étant dominé par les teintes orientales du nouveau style Balavoine, ce qui a occasionné quelques réaménagements des chansons les plus anciennes. Par exemple, il attaque avec Lucie dont l'introduction semble venue de Chine. Ce qui rend l'émotion plus intense, plus pure. Dès cet instant le ton est donné. Charme, tendresse, exotisme, fougue; chaque élément est en place. Le spectacle est au point. La voix est rodée. Elle fluctue en accord parfait avec les lignes mélodiques et rythmiques des rocks et funks endiablés : Les petits lolos. Vendeurs de larmes, Mon fils ma bataille, Vivre ou survivre » Elle sait aussi se faire plus posée pour interpréter La vie ne m'apprend rien».


Il n'y a pas de changement fondamental par rapport aux versions en studio. Juste quelques notes qui étoffent Poisson dans la cage, Mon fils, qui rendent plus magique Lucie comme nous venons de le voir. Aucun détail n'a été sacrifié pour reconstituer le climat que Daniel veut créer, comme à l'Olympia. C'est ainsi que le rythme cardiaque soutient toujours Partir avant les miens», qui prend une dimension infinie adaptée à l'espace environnant.


Une fois le public familiarisé avec le décor musical, Daniel Balavoine passe aux choses sérieuses. Sept chansons réunies sur la deuxième partie qui illustrent son tempéra- ment, ses préoccupations, ce pour quoi il a envie de se battre. Hymnes à l'amour et à la femme: Dieu que c'est beau (45 tours de promotion du spectacle). Soulève-moi, Revolución», « Pour la femme veuve". Hymne à la liberté, à la tolérance et à l'intelligence : Frappe avec ta tête. Entre-temps, il rappelle qu'il n'est pas un chanteur engagé : "Le chanteur», « Je ne suis pas un héros». Il est juste un homme sensible qui a une passion : la vie. Il peut se permettre de des- cendre son personnage de vedette de son piédestal, la partie est gagnée !


A ce moment, il laisse échapper toute son ardeur. Chaque morceau devient un peu plus long, un peu plus fort. Le public, qu'il exhorte, se prend au jeu. Il s'allie aux femmes qui défilent pour la "Revolución», arrosée par les sanglots synthétiques qui évitent à la conclusion d'être lourde et pénible. De même, il laisse de côté ses traditions pour former sur le tempo réglé des tam-tams un immense choeur, a l'instar des fêtes rituelles de là-bas". Cette communion a le goût de la victoire. Balavoine prouve, s'il en est besoin, que malgré ses coups de gueule, il sait être sobre, humble et surtout fidèle avec ceux qui l'aiment, d'un côté et de l'autre de la scène. Mes musiciens ne sont pas à vingt mètres derrière moi et je ne porte pas des paillettes quand ils ont des costumes noirs. C'est pourquoi il dédie ce double album à celui qui malheureusement n'a pas pu tenir les claviers du triomphe: Philippe Patron.


Cet enregistrement nous offre le portrait le plus juste de ce qu'est Balavoine en 1984. Il touche à la fois son public populaire de toujours et un public plus exigeant, plus mélomane, qu'il commence à intéresser. Dès lors, de nouvelles perspectives s'offrent à lui.

8 août 2026

Balavoine, histoire d’un frère (Sud-Ouest, 10 janvier 2016)

Le 14 janvier 1986, le chanteur de " L’Aziza " disparaissait au Mali après dix ans d’une carrière éclair. Trente ans plus tard, ses sœurs évoquent " leur " Daniel

YANNICK DELNESTE

Claire Balavoine le dit doucement : " Vous savez, on ne faisait jamais faire à Daniel ce qu’il n’avait pas envie de faire. " Dans son bureau de l’association qui porte le nom du chanteur, sa sœur jongle entre les sollicitations médiatiques et l’activité de la structure qui a repris ces temps-ci. " Les dernières années ont été très difficiles ", confie-t-elle. " Nous intervenons depuis le début dans les régions de Gao et Kidal, au Mali, touchées par les terrorismes islamistes, rappelle-t-elle. On se félicite au moins d’une chose : aucun d’entre eux ne s’est attaqué à nos installations, cruciales pour certains villages. "

Aujourd’hui, 23 localités sont équipées de motopompes permettant l’autonomie de culture. Quand Daniel Balavoine meurt dans un accident d’hélicoptère, le 14 janvier 1986, dans cette même région du Mali (1), l’association n’existe pas encore. Trois ans plus tôt, et pour sa première participation au très controversé Paris-Dakar, il abandonne dès la première étape, suit la caravane et découvre la réalité africaine, présente l’automne suivant dans " Loin des yeux de l’Occident ", le septième de ses huit albums.

Lorsqu’il disparaît, Balavoine n’est pas concurrent du rallye mais accompagne le programme nommé Paris du cœur, démarrant l’installation de ces motopompes. " Très vite après sa mort, nous avons été submergés de courriers de personnes voulant contribuer à la poursuite du projet ", raconte Claire Balavoine. " Depuis 1993, l’action agricole se double d’une action éducative avec le financement de deux écoles et 250 élèves. Les filles ont de meilleures notes. Daniel aurait aimé. " La sœur continue son œuvre.

" Rigolo et très lucide à la fois "

Balavoine Daniel, né le 5 février 1952 à Alençon. 15 % de sang picard, le reste est landais et surtout basque, par la maman notamment. " C’était le dernier, le chouchou, l’enfant gâté, et c’était bien normal ", sourit Marie-Françoise, l’aînée d’une fratrie de six. " J’avais douze ans de plus que lui. Comme je suis partie à 18 ans de la maison, je l’ai peu connu enfant. Lors de nos retrouvailles, nous avions des relations d’adulte à adulte, séductrices et passionnantes. Comme moi, Daniel n’était pas spécialement famille. Sa notoriété et le métier nous l’ont aussi un peu enlevé. "

Les deux sœurs racontent un Balavoine finalement peu différent de l’image qu’il donnait et a laissée au grand public : " Un être spontané, révolté par les injustices, la maltraitance où qu’elle soit. Et il agissait ", témoignent-elles, évoquant l’engagement de leur frère, du porte-parole improvisé de la jeunesse face à Mitterrand en mars 1980 (statut qu’il refusera toujours) au pionnier français du show-biz humanitaire.

" Très tôt, Daniel a été à la fois très rigolo et très lucide, note Claire. Sur les gens, le métier du spectacle ou la politique. Il avait choisi de s’en servir pour faire avancer ses projets. " Après les années de galère, entre 1972 et 1978, dont deux albums passés inaperçus, Marie-Françoise se souvient du premier concert à Lille : " C’était avant "Starmania", qui le fera connaître, se souvient-elle. Il interprétait "Le Chanteur", chanson à laquelle je ne comprenais rien ! Où voulait-il en venir ? " Claire garde en mémoire les vingt-cinq représentations de "Starmania" qu’elle a toutes vues.

Les chansons qu’elles préfèrent chez leur frère ne se trouvent pas forcément dans la quinzaine de tubes toujours très diffusés. " "Frappe avec ta tête" est une merveille à l’heure où il s’agit de rester debout, encore et toujours ", souffle Marie-Françoise. Pour Claire, c’est " Soulève-moi ".

Au Zénith de Pau en juin

" C’est un plaisir douloureux de parler de lui à chaque anniversaire, résume cette dernière. Il nous manque tellement, mais il est aussi tellement aimé. Chaque jour, je constate combien les chansons de Daniel se transmettent de génération en génération. " Et d’insister sur l’édition 2016 de Jazz’in collège, au Zénith de Pau, réunissant plus d’un millier d’enfants qui chanteront Balavoine en juin prochain.

Le chanteur est enterré à Biarritz, dans le cimetière de Ranquine. " Lui qui fuyait le show-biz dès qu’il le pouvait, il aimait aller marcher sur la plage, là-bas. Il soufflait pour mieux repartir. "

(1) Y trouveront également la mort le pilote François-Xavier Bagnoud, le technicien radio Jean-Paul Le Fur, Thierry Sabine, l’organisateur du Paris-Dakar, et la journaliste Nathalie Odent.

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3 août 2026

"Le temps des jours heureux" (Télé 7 jours, janvier 1986)

 

28 juillet 2026

Daniel Balavoine : pourquoi il cherchait une maison à Londres (Bénin Web TV, 5 février 2026)

 
 

 

 

Daniel Balavoine, né le 5 février 1952 à Alençon et décédé dans un accident d’hélicoptère le 14 janvier 1986 à Dakar, aurait eu 74 ans ce 5 février 2026. Artiste engagé et créateur de tubes tels que «Mon fils ma bataille», il était, au moment de sa disparition, en pleine activité artistique et nourrissait un projet de relocalisation à Londres, où il cherchait une maison pour s’installer.

Né en Normandie, Daniel Balavoine passe son enfance et son adolescence entre la région normande et le Sud-Ouest — des étapes à Bordeaux, Biarritz et Pau qui, selon les éléments biographiques disponibles, ont contribué à façonner son imaginaire musical. Dans les années 1970, il monte à Paris pour tenter sa chance : studios, rencontres, projets divers. Progressivement, il s’impose comme une voix singulière de la chanson française.

Installé à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, Balavoine transforme sa maison en véritable lieu de création. Rue Félix, il aménage un studio personnel qui lui permet de travailler à son rythme et d’expérimenter des sonorités nouvelles. C’est dans cet environnement domestique et technique que naîtront plusieurs titres marquants, dont «Sauver l’amour» et «Dieu que c’est beau». À cette période, sa notoriété dépasse le strict cadre musical : ses interventions médiatiques, notamment une émission télévisée avec François Mitterrand, et ses prises de position sur la jeunesse, la misère et l’Afrique font de lui une figure écoutée et discutée.

Un projet londonien en gestation

Au milieu des années 1980, Londres occupe une place particulière dans le paysage musical international : pop, new wave, innovations technologiques et studios de pointe y attirent artistes et producteurs. Daniel Balavoine manifeste un intérêt marqué pour cette scène et la technologie de production qui s’y développe. Selon les sources disponibles, il envisage alors de s’ouvrir à un public anglophone, d’enregistrer en anglais et de travailler avec des musiciens et producteurs anglo-saxons.

Cette ambition artistique s’accompagne d’un désir de changement personnel. S’installer à Londres représente pour Balavoine la possibilité de quitter une partie de l’exposition médiatique française et de repartir sur de nouveaux repères. Les informations rapportent qu’il ne cherchait pas seulement un pied-à-terre : il prospectait une maison, signe d’un projet d’installation durable plutôt que d’un simple séjour ponctuel en studio.

La dimension internationale de son projet se nourrit aussi d’une curiosité pour les formes visuelles et techniques de la musique contemporaine : clips, mise en scène, production audiovisuelle. L’intérêt pour les studios londoniens, réputés pour leur avance technologique, s’inscrit dans la volonté de Balavoine de faire évoluer son univers sonore et visuel, en s’inspirant des pratiques développées au Royaume-Uni.

La disparition du chanteur le 14 janvier 1986 met fin à ces démarches en cours. À 33 ans, malgré une carrière déjà marquée par des succès et une place singulière dans la chanson française, Daniel Balavoine préparait un projet de déménagement à Londres et cherchait une maison où établir une nouvelle base de travail.

25 juillet 2026

Que reste-t-il de Balavoine ? (Le Parisien, 14 janvier 2011)

 

EMMANUEL MAROLLE AVEC THIERRY DAGUE

C'était il y a vingt-cinq ans. Le 14 janvier 1986, la France apprenait, avec stupéfaction, la mort de Daniel Des ventes modestes. Les chansons de Balavoine se vendent doucement mais sûrement : près de 20000 disques par an, hors date anniversaire comme aujourd'hui. « Cette année, il faut y ajouter 6000 exemplaires de l'intégrale que nous avons ressortie en décembre, 25000 de la compilation », explique Eric Perchais, patron du catalogue chez Universal. Pas de quoi parler de phénomène. Et pour cause. Balavoine disparu après quelques années de carrière a, a priori, laissé peu de musiques inédites. « Ce sont ses enfants, Jérémie, 26 ans, et sa fille, Joana, née juste après sa mort, qui s'occupent de son héritage artistique. Tous deux sont musiciens mais ne se sont peut-être pas complètement plongés dans d'éventuelles archives personnelles », ajoute Bruno Haye, chef de projet chez Barclay. Les radios aiment, les télés moins. Sur la bande FM, les chansons de Balavoine n'ont pas d'âge. « Il reste parmi les cinq artistes les plus aimés par nos auditeurs, explique Frédéric Olivennes, directeur de l'antenne de Nostalgie. On le diffuse entre 4 et 6 fois par jour sur 16 titres différents, le Chanteur et Mon fils, ma bataille, en tête. Il a plusieurs périodes, qui peuvent toucher des gens très différents : l'époque Starmania, les succès populaires, les titres plus engagés... » Même chose chez France Bleu qui prévoit une journée spéciale aujourd'hui ou du côté de Chérie FM. « Il reste un artiste emblématique pour notre cœur de cible, les femmes de 25 à 49 ans », souligne Jean-Luc Vibert, le directeur d'antenne, qui le diffuse « 4 fois par jour en moyenne ». En revanche, les grandes chaînes de télévision ne se bousculent pas. On parle d'une prochaine émission hommage présentée par Jean-Pierre Foucault, sur TF 1, sans plus de précision.

Son association toujours active. Elle tient bon depuis vingt-cinq ans. L'association Daniel Balavoine poursuit l'action entamée au Mali par le chanteur avant sa disparition : l'irrigation des terres. « Nous avons permis à 23 villages et près de 50000 habitants de bénéficier de motopompes qui leur assurent 3 récoltes de riz par an », explique Claire Balavoine, la présidente et sœur du chanteur. L'association a également financé la construction d'écoles dans des campements touaregs pour près de 250 enfants. « Le tout sans aucune subvention. »

Bientôt réhabilité. La nouvelle chanson française, incarnée par Bénabar ou Vincent Delerm, ne s'est jamais précipitée pour citer l'une de ses chansons en référence. « Sa voix très particulière a beaucoup gêné ces artistes qui ne sont pas des chanteurs puissants », analyse Didier Varrod, journaliste, auteur du livre « le Roman de Daniel Balavoine » (Editions Fayard). « Mais je sens qu'il est en cours de réhabilitation. Quelqu'un comme Biolay commence à dire que, quand même, le Chanteur était une super chanson. Et puis avec des artistes comme Mika, le genre de voix haute à la Balavoine est revenu à la mode. » Du côté de la musique électronique, on ose davantage évoquer l’artiste et ses sons synthétiques. Même les très branchés Justice balancent parfois dans leur soirée DJ « Vivre ou survivre ».

Aujourd’hui, les chansons de Daniel Balavoine (ici en 1982 au palais des Sports) sont toujours diffusées sur les ondes.

 

21 juillet 2026

Didier Varrod : Balavoine avait un charisme fondamental (AFP, 6 janvier 2006)

Le journaliste et homme de radio et de télévision Didier Varrod, auteur d'une biographie très complète de Daniel Balavoine, "Le roman de Daniel Balavoine" (Fayard/Chorus), souligne que le chanteur, qu'il a bien connu, "avait un charisme fondamental" et voulait "s'inscrire dans une démarche citoyenne".

- Question : Quel souvenir gardez-vous de Daniel Balavoine ?

- Réponse : "Il avait un charisme fondamental qui n'était pas dû à son physique, plutôt ordinaire. C'était plutôt sa manière d'appréhender les gens, son humour, parfois carnassier, et son extrême curiosité. Il n'avait pas la langue dans sa poche mais était surtout éminemment vrai dans sa manière de considérer la musique, les gens et de faire ce métier."

- Q. : Comment envisageait-il son métier ?

- R. : "Une de ses obsessions, c'était de montrer que les artistes n'étaient pas des +branleurs+ et que derrière un album, il y avait de la réflexion, de la recherche et surtout l'impératif d'être à l'écoute des nouvelles technologies. Sa passion c'était d'abord la musique, en deuxième le son et en troisième les textes. Paradoxalement, aujourd'hui, on retient plus l'auteur que le musicien ou le producteur."

- Q. : On garde aussi l'image d'un chanteur citoyen.

- R. : "Quand on le rencontrait, on parlait d'abord de la promotion de ses disques. Il le disait sans cynisme mais avec réalisme: +On est là pour vendre, et plus je vendrai plus je serai libre+. Mais ça débordait vite car pour lui, la musique était un vecteur et un chanteur devait s'inscrire dans une démarche citoyenne et sociétale. La chanson était là aussi pour émettre une idée efficacement, en 3 minutes, et la faire passer chez Guy Lux, les Carpentier ou Danièle Gilbert. Les trotskistes appelaient ça de l'entrisme!"

- Q. : Le manque de considération de la la presse rock le gênait-il ?

- R. : "Il en était blessé. Higelin, Lavilliers, Couture, puis Daho, les Rita Mitsouko, Axel Bauer, Lio: tous avaient des papiers dans la presse rock, et pas lui. Il disait: +S'il y a bien un enfant du rock, c'est moi. Mes fondamentaux ne sont pas Ferré, Brassens ou Brel, mais Yes, Genesis, Peter Gabriel ou Talking Heads+. Le portrait que lui a consacré l'émission Les Enfants du rock en 1984 a été déterminant, il l'a pris comme la fin de ses +emmerdes+!"

- Q. : Il voulait aussi rivaliser avec les Anglo-saxons ?

- R. : "Il adorait le football, notamment Saint-Etienne, et empruntait cette terminologie pour dire: +On est en deuxième division. On est capable d'avoir des interprètes, de faire des grands shows à la télévision, pas d'avoir des labels jeunes, dynamiques, ni d'anticiper les évolutions technologiques+."

- Q. : Pourquoi peu d'artistes actuels se réclament-ils de lui ?

- R. : "Il a été vraiment populaire en 1979 et est mort début 1986. Six ans au sommet, ce n'est probablement pas assez pour marquer une démarche, une intention. Les gens n'ont retenu que les chansons et le personnage +politique+."

- Q. : Comment aurait-il pu évoluer artistiquement ?

- R. : "Dans sa musique, on entend un peu les sons échantillonnés venus de l'Extrême-Orient ou du Maghreb, mais c'était en devenir. Je pense qu'il aurait mis à profit ce concept de +sono mondiale+ les années suivantes. Un mec comme Moby l'aurait sans doute passionné: un citoyen engagé, qui vient de la techno mais a mélangé beaucoup de choses. D'un autre côté, il s'interrogeait souvent sur le fait de devenir un vieux chanteur."

15 juillet 2026

Daniel Balavoine fait aussi pleuvoir ses vérités premières dans les rouges tabliers (Paris-Match, 6 novembre 1981)

Il est devenu, en l'espace de dix minutes, un chanteur à idées le 10 mars 1980, en présence de François Mitterrand. Il avait dit ce jour-là qu'il s'intéressait davantage aux conflits actuels qu'à la guerre de 40 et que ce que Georges Marchais avait déclaré et fait la semaine passée, lui paraissait plus important que sa conduite pendant l'Occupation. Sous le regard surpris du futur quatrième président de la V° République, il avait ajouté qu'en politique le choix ne s'opérait pas entre gens honnêtes et gens compromis, mais entre compromis de gauche et compromis de droite. Beau joueur Mitterrand avait répondu qu'il fallait que tout le monde s'exprime et que cela lui paraissait normal de remettre les hommes politiques en question.

C'est Jacques Attali qui avait eu l'idée de faire venir l'auteur de « Je ne suis pas un héros » à la télévision en même temps que celui qui n'était encore que le Premier secrétaire du parti socialiste. Balavoine s'était fait tirer un peu l'oreille : « Comment voulez-vous que je parle au nom de la jeunesse ? A trente ans on n'est plus un jeune. On est jeune quand on ne sait rien ».

Par la suite, les socialistes essayèrent vainement de le récupérer, sans pour autant qu'il allât jusqu'à les désavouer : « C'est vrai que je me sens mieux avec ces gens-là qu'avec les autres. Mais je trouve Mauroy lourdement autoritaire, Fabius me dérange, Badinter ne m'enthousiasme pas et je suis très déçu sur le plan des radios libres. N'importe qui devrait avoir le droit d'en créer une et de pouvoir en vivre. Et puis j'ai l'impression que les affaires gênantes continuent à être enterrées et que la « politicaillerie » n'a jamais aussi bien marché. »

Les princes qui nous gouvernent ainsi que ceux qui ne se consolent pas d'être détrônés  n'ont aucune indulgence à attendre de lui. Sa première déception remonte à juin 68. « J'ai cru pendant un peu plus d'un mois qu'il s'agissait d'un événement vraiment important et que ses porte-parole avaient envie d'autre chose que d'être connus ». La révolte n'était pas finie que le chanteur déchantait. Sa déconvenue continue : « Rien ne me gêne davantage que les objectifs qu'on se fixe. Par exemple la relance par la consommation. On manque de belles et nobles ambitions comme la paix mondiale, comme l'interdiction aux pays riches d'affamer les pays pauvres pour leur imposer une idéologie. Devant les abus et les massacres on reste sans réaction. La radio et la télévision nous font bouffer du mort dix fois par jour, sans qu'aucun d'entre nous songe à lever le petit doigt ».

Ce dégoût l'habite depuis longtemps. Mais il n'y a que depuis deux ans que la nécessité de mettre en accord ses actes et ses pensées s'est imposée à lui : « Quand à vingt-neuf ans on a la chance, comme moi, de gagner du fric et de pouvoir donner son opinion, il ne faut pas avoir peur de parler quoi qu'il vous en coûte. Je ne me prends pas pour Jésus, mais si mon discours ne devait informer qu'un seul type il serait nécessaire.

« Les impôts le chagrinent moins que la destination que l'Etat leur assigne : « Oui je fais partie des cent huit mille surtaxés et je ne pleure pas tous les matins en me réveillant. Ce qui m'insupporte c'est que les riches ne paient pas pour alléger les charges fiscales des pauvres mais pour compenser la dérobade des fraudeurs ». Son sens civique et sa passion des belles voitures se livrent un combat sans merci : « Parce que j'hésite à brûler trop de carburant, je limite l'usage de ma bagnole aux week-ends et aux vacances. Je me console en me disant qu'un chanteur ne doit jeter de la poudre aux yeux que sur scène.

Dans la grande maison sept pièces, entourée d'un beau jardin avec des arbres qu'il vient d'acheter à Colombes, il ne vit pas seul. « J'ai une compagne, une fille, une moitié, une mère, bien que nous ne soyons pas mariés, bref une demoiselle qui partage mon existence mais dont je ne suis pourtant pas le chanteur préféré ». Professionnellement, il donne du travail à dix-sept personnes, dans un climat libéral fondé sur la concertation et sur un certain sens de l'égalité : « Mes musiciens ne sont pas à vingt mètres derrière moi et je ne porte pas de paillettes quand ils ont des costumes noirs ». Son humilité et son altruisme s'arrêtent là. Il a rempli tout seul l'Olympia pendant cinq jours et, en juin prochain, il ne faudra pas chercher d'autre nom que le sien sur l'affiche du Palais des Sports : « Pas question de me produire dans le spectacle de quelqu'un d'autre. J'ai toujours eu envie de chanter pendant une heure et demie. Si je bénéficie aujourd'hui de quelques privilèges, je ne les dois qu'à moi-même ».

Ses galons il les a gagnés un à un comme chanteur de bal : « On ne travaillait que le samedi et le dimanche. Le reste du temps je glandais ». Parce qu'il ne supportait pas la dictature des directeurs artistiques, il s'est arrêté de chanter pendant deux ans et il est devenu le choriste de Patrick Juvet : « Je regardais, j'écoutais, j'apprenais mon métier et j'attendais mon heure ». L'heure est venue mais elle ne durera pas jusqu'à son dernier souffle : « Je ne vais pas courir à perpétuité après les applaudissements. Entre nous, la chanson est un produit bâtard, une poésie ratée que l'on plaque sur une symphonie ratée. Ça ne vaut pas qu'on y consacre toute son existence. Je ne ferai pas d'adieux parce que je me méfie des retours. Je ne dis pas que je ne ferai pas à nouveau l'Olympia dans vingt ans. Je dis que je ne le ferai pas pendant vingt ans."

Il déborde de projets qui n'ont rien à voir avec ses activités actuelles. Dans dix ans, c'est promis, il s'attaquera à un grand roman. « Je rêve d'une belle histoire que les lecteurs dévoreraient d'une seule traite jusqu'à la dernière page ». Il a également envie d'écrire dans les journaux : « Je crois avoir des qualités de pamphlétaire puisque chaque fois qu'il se passe quelque chose d'important, je réagis tout de suite et je réfléchis après. »

Le reste de ses années sabbatiques sera consacré à la lecture. Déjà il parle davantage de Kafka et de Camus que de Stark et de Mathieu. Le cinéma le tente aussi : « Pour rigoler. Pour le plaisir d'être un autre mec après le clap. » Dix ans passés chez les curés lui ont fait perdre la foi, mais pas ses réflexes : « Je ne crois plus en rien mais je me surprends de temps à autre à parler du Bon Dieu. C'est le grotesque des textes et de la liturgie qui m'a éloigné de la religion, et aussi la certitude que le Dieu de quatre cents millions de chrétiens n'avait aucune raison d'être meilleur que le Dieu des musulmans ou des juifs. »

Compositeur de chansons à succès, il ne connaît pas les notes. Il joue « à la feuille », mémorise sur un magnétophone et fredonne à l'oreille de ses arrangeurs les airs qui lui passent par la tête. Pour la première fois, il a vraiment envie d'avoir des enfants : « J'ai passé la crise que connaissent ceux qui s'interdisent de procréer sous prétexte que l'avenir est sombre. Je trouve bien prétentieux d'affirmer que le monde va disparaître après nous. Quelles que soient les guerres, il y aura toujours plus de survivants que de morts... » Voir. ■

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L'inoubliable Daniel Balavoine
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