Une longue procession
(Le Matin, 22 janvier 1986)

Beaucoup d'émotion et de dignité de la plupart des admirateurs du chanteur.

Des milliers de personnes se sont recueillies samedi au funérarium du mont Valérien à Nanterre (Hauts de Seine), devant le cercueil du chanteur Daniel Balavoine, selon une estimation de la police.

Le défilé des admirateurs devant la chapelle ardente a commencé dès 8 h 30, samedi, à l'ouverture des portes. Près de mille personnes se sont ainsi déplacées le matin, mais c'est à partir de 14 heures que le cortège a été le plus dense. La file d'attente atteignait alors trois cents mètres et il fallait patienter près de deux heures pour se recueillir devant le cercueil du chanteur.

a 17 h 30, heure de la fermeture officielle des portes du funérarium, ils étaient encore des centaines à s'être déplacés sans pouvoir approcher la dépouille du chanteur mort dans la course du Paris-Dakar. Les responsables des services de sécurité, nombreux autour du funérarium, attendaient pour le week-end près de dix mille personnes, mais cette estimation était largement dépassée dimanche.

Les gens ont défilé, silencieusement, dans la chapelle ardente disposée au sous-sol du funérarium. Le cercueil de chêne vernis, sans aucune inscritpion, était uniquement recouvert des fleurs apportées par la famille.

Devant le funérarium, petit bâtiment de briques rouges situé sur la colline du mont Valérien, ce fut une longue procession d'hommes et de femmes qui ont gravi et descendu la longue route menant à la chapelle ardente. Les visiteurs ont inscrits, sur les deux registres prévus à cet effet, quelques mots pour exprimer leur amitié, leur amour, leur admiration. Daniel Balavoine était, pour beaucoup d'entre eux, le porte-parole d'une génération.

Une jeune Africaine, parlant de l'action du chanteur aux côtés du mouvement SOS Racisme, dit que sa dernière chanson l'a profondément émue. Il m'a donné envie d'être moi-même, d'accepter la différence. Quand ont voit des gens qui luttent pour la dignité des minorités, on se dit que cela vaut le coup de rester en France.

Les admirateurs de Daniel Balavoine ont tous les âges. Ils représentent souvent plusieurs générations. Le chanteur était, pour cette mère de famille, un artiste populaire. Il touchait par sa musique, autant que cette grand-mère que cette adolescente, sur laquelle il avait en plus une profonde influence.

Pour une septuagénaire, les larmes aux yeux, la mort de Daniel Balavoine est comme la perte de l'un de mes propres enfants. Une telle injustice me fait profondément douter de l'existence de Dieu.