En 1981, Balavoine passait à Ethe (L'Avenir, 14 janvier 2016)
Daniel Balavoine, disparu il y a 30 ans jour pour jour, s'est produit une fois en province de Luxembourg. C'était à la Foire d'Ethe le 8 juin 1981.
Daniel JONETTE
C'était au temps où tout Ethe chantait. Un temps que les moins de vingt ans, de trente même, ne peuvent pas connaître. Celui de la célèbre foire de Lorraine et de ses vedettes de la chanson. Comme Johnny, Dutronc et Sardou. Ou Daniel Balavoine en 1981. Le 8 juin précisément, lundi de Pentecôte. Trois jours plus tard, on allait inaugurer officiellement la nouvelle usine Mobil à Latour. Le groupe Téléphone s'apprêtait à enflammer le Blue Note de Rodange. Et l'auteur de ces lignes avait droit, à 14 ans, à sa première véritable sortie. Trois ans après avoir essuyé un douloureux refus parental à l'occasion de la venue de Plastic Bertrand.
En s'offrant Balavoine, Victor Joachim et sa bande, organisateurs de la foire, réussissaient un nouveau coup de maître. En pleine ascension, celui qui allait connaître une fin tragique cinq ans plus tard, venait de triompher à l'Olympia durant cinq jours. C'est dire s'il était attendu par les près de 2 000 personnes qui remplissaient le traditionnel chapiteau réservé aux variétés.
«On a souvent pêché le bon poisson, commente, 35 ans plus tard, Jean-Pierre Paillot, président, après le décès de Victor Joachim, d'une des deux ASBL qui géraient la foire. Victor avait le flair pour ça. Il en discutait avec les jeunes puis établissait une liste de noms.»
Cette année-là, derrière Balavoine, il avait placé Francis Cabrel et Yves Duteil. « On passait souvent par les mêmes imprésarios, se souvient Alain Joachim, le fils de Victor. Constant Defourny et Jos Vanesse. L'année de Balavoine, on avait reçu de mauvaises affiches, elles étaient destinées à un concert de Michel Delpech.»
«Super sympa et très abordable»
L'artiste, lui, ne s'est pas trompé de destination. Il est arrivé à Ethe au beau milieu de l'après-midi, à bord d'un autocar qui emmenait aussi son orchestre, Clin d'oeil, tandis que Victor Joachim faisait, comme à son habitude, les cent pas devant le chapiteau, craignant toujours que la vedette ne soit pas au rendez-vous. «Balavoine était super sympa et très abordable. Très humain aussi, poursuit Alain Joachim. Comme d'autres gens d'Ethe, j'aidais les techniciens à installer la scène (NDLR: sur le podium que Michel Egon avait construit de ses propres mains et qu'on ressortait chaque année). Après le concert, j'ai eu l'occasion de parler avec le chanteur sur les marches de son bus. Il a insisté plusieurs fois pour que je remercie mon père et les organisateurs. Je me rappelle aussi que pour le réglage des balances, il avait repris le célèbre Gaby oh Gaby, d'Alain Bashung.»
Et c'est au piano qu'il a lancé son spectacle dont Léon Thilmany, commerçant local, a conservé quelques extraits sur une cassette VHS. Avec Un autre monde, superbe morceau instrumental et titre de l'album qu'il venait de sortir quelques mois auparavant. Vêtu, comme ses musiciens, d'une salopette bleue façon pilote automobile, le chanteur français a offert à Rabais ce qui fut sans doute l'un des concerts les plus mémorables de l'histoire de la foire. Une heure trente plus tard, juste après avoir reçu des fleurs d'une jeune fan audacieuse montée sur la scène, c'est avec Je ne suis pas un héros qu'il a clôturé son show. Au même moment, l'ensemble du public devait sans doute penser le contraire.
