Balavoine, tous les cris (La Voix du Nord, 14 janvier 2016)
4 janvier 1986. Alors que L'Aziza est un des tubes du moment, un de plus au compteur d'un Balavoine plus populaire que jamais, la nouvelle tombe sur les télex. Au cours d'une opération humanitaire pour apporter l'eau dans les villages, Thierry Sabine et Daniel Balavoine meurent dans le crash d'un hélicoptère, en marge du Paris-Dakar. Des pré-ados aux quadras, c'est le choc. Depuis huit ans, Balavoine enchaîne les tubes. Ça commence en 1978 avec son premier tube, Le Chanteur, ce cri de désillusion qui retrace la carrière d'un artiste, de l'envol à la chute. Un titre qui ne ressemble pas tellement à celui d'un débutant. La mélodie accroche, le texte percute, c'est la révélation. Quelques mois plus tard, la déferlante Starmania le propulse définitivement dans la cour des grands et surtout impose cette voix à la tessiture exceptionnelle. Son SOS d'un terrien en détresse reste l'exemple type de la chanson inchantable. Un interprète sans demi-mesure. Et cette force d'interprétation, il a pu la mettre au service de textes très forts, qu'il prenait soin de signer et qu'il posait sur une musique à laquelle il apportait une attention particulière et minutieuse. Soucieux de surprendre et de proposer des sons nouveaux, il est un des premiers à faire de la musique assistée par ordinateur.
Sans concession
Et comme si cela ne suffisait pas, il séduit aussi (autant qu'il énerve, soyons honnêtes) par son engagement : le mur de Berlin, les dictatures d'Amérique du sud, la torture, la famine en Afrique, le combat des pères divorcés, le star system... tout y passe dans sa discographie, avec force et sincérité. Son entourage le confirme, « Daniel était comme ça », un impulsif, colérique parfois, qui ne supportait ni l'injustice ni le silence. Lui-même se disait «invivable », mais ses coups d'éclat sur les plateaux télé, ses prises de position politique et surtout ses engagements humanitaires, ont contribué pleinement à l'inscrire dans le coeur des Français. Dans cette génération des Berger, Cabrel, Souchon, Bashung... Où serait-il aujourd'hui ? Peut-être serait-il la personnalité préférée des Français à la place de Goldman. Ou peut-être aurait-il disparu des écrans radar. Mais fauché en pleine gloire à 33 ans, son destin et son aura se sont figés. Fauché trois mois après la sortie de son dernier album, dont il aurait dit « Si c'est le dernier, ça me va». Fauché avant d'avoir connu sa fille. Fauché avant d'avoir fait ses adieux. Et surtout, malheureusement pour nous tous, fauché avant d'avoir sauvé l'amour.
